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    19:45

59 minutes et 53 secondes de play-off

Si la défaite finale contre Zoug tient en soi plus de la déception que de la grosse surprise, c’est le score sans appel qui choque franchement. Le consensus parmi les observateurs étant qu’on se dirigeait vers une série longue et accrochée, sur six ou sept matchs, dans laquelle Zoug occupait le rôle de fragile favori. Le bilan, c’est un sec quatre à zéro et des vacances avant la mi-mars. Alors comment en est-on arrivé là ? Autopsie d’une claque.

 

Premier élément de réponse : on entend souvent que les séries finales constitueraient une nouvelle saison, un nouveau championnat. Très bien. Il est vrai que certaines équipes peuvent se lâcher, se métamorphoser dans l’attitude. Mais à l’impossible nul n’est tenu non plus. Comment transformer un jeu de puissance – bon dernier de la ligue – en machine de guerre d’un match sur l’autre ? Il n’y a pas de bouton magique. De même pour notre jeu en infériorité numérique, qui aura été tout au long de la saison bien en deçà de nos standards habituels. Manque de chance, dans le style de jeu nettement plus fermé en vigueur en play-off, ces situations spéciales sont souvent la clef. Et comme si ça ne suffisait pas, l’arbitrage – sans être partial – aura le plus souvent été d’une inflexibilité rarement observée en play-off. Caporalisme arbitrale outrancier ou effets de la nouvelle « tolérance zéro », chacun jugera. Nombre de fautes stupides commises également, il faut être honnête. Le résultat, c’est encore plus de situations spéciales, ce qui nous aura été terriblement défavorable. Dommage, parce que régulièrement, à cinq contre cinq – jusqu’à que les matchs soient pliés en tout cas – Genève aura fait parfaitement jeu égal avec Zoug. Dans le jeu seulement s’entend, parce que niveau réussite c’est une autre histoire, qui donnera certainement lieu à un autre article.

 

Deuxième élément de réponse : notre première ligne a été nettement mieux contrôlée par Zoug qu’elle ne l’a été par nos adversaires en saison régulière. Logique et attendu. Le problème, c’est que le danger n’a pas surgit d’ailleurs. Le rendement de Romy – de retour d’une longue blessure il est vrai – constitue une énorme déception. Nos youngsters Riat et Rod n’ont pas pesé. Wick a continué à décevoir dans la continuité de sa saison régulière. Šimek a été fantomatique. Très franchement, le débat Slater/Paré qui aura fait couler beaucoup d’encre me paraît avoir été l’arbre qui cache la forêt. Si le premier a effectivement beaucoup déçu tout au long de la saison, le second – lui excellent – n’a de toute façon jamais été très bien entouré à cinq contre cinq. Son retour lors des actes III et IV n’a rien révolutionné, pas même notre jeu de puissance. Si nos joueurs Suisses supposés « dominants » ont clairement déçu, je reste convaincu qu’il manque toujours dans cette équipe un ailier Suisse de grand talent pour pouvoir aller plus loin. Cela aurait pu être Hollenstein ou celui dont la venue est devenue une running joke, Andrighetto. Il aura fallu en lieu et place s’en remettre à des jeunes talentueux mais pas encore parfaitement murs comme Rod ou Riat, et des seconds couteaux. À l’échelle d’une équipe qui veut rivaliser avec des Berne, Zurich ou Zoug s’entend. Même constat en défense : Goran – de toute façon vieillissant – n’a pas été remplacé et son retour pour les play-off ne s’annonçait pas sous les meilleurs hospices puisqu’il était – de l’aveu même du joueur – très fatigué d’une longue saison en KHL qui l’aura vu beaucoup patiner, et beaucoup voyager.

 

Bref, il y a beaucoup de raisons finalement assez logiques à ce cuisant échec. Mais le fait majeur de cette série, aussi incompréhensible qu’inacceptable, est ailleurs : comment est-ce qu’une équipe dont « l’ADN » est guerrier, qui a toujours su mourir les armes à la main en play-off, qui à défaut d’un potentiel de talent exceptionnel, a de la rage à revendre, a pu se liquéfier de la sorte ?

 

59 minutes et 53 secondes. C’est le temps qu’aura réellement duré cette série de play-off. C’est à sept secondes de la fin de l’acte I que le ciel s’est effondré sur nos têtes, et jamais nous ne devions nous en remettre. Aussi cruel que cela soit, ce sont des choses qui arrivent, et on était en droit d’attendre une réaction de nos Aigles dans l’acte II. Mais une mauvaise pénalité d’Almond après quelques secondes et – fatalement – un but dans la foulée, et l’équipe s’effondra pour de bon dans cette série. Le score dans la série n’était pourtant que de 0-1, et dans ce 2e match de 0-1 avec un match quasi entier à jouer. Vukovic, guerrier parmi les guerriers, est le symbole parfait de l’effondrement mental du groupe. Co-auteur de la fin dramatique de l’acte I, il se verra encore être coupable d’un très vilain geste en fin d’acte II, le privant logiquement de la fin de ces play-off. Vukovic a craqué. Mayer aussi, ratant complètement ses play-off alors qu’il sortait d’une très bonne saison régulière. Soudain, la première ligne a également perdu sa magie, et alors sont apparues en plein jour et de façon bien cruelle les carences de nos autres lignes offensives.

 

Il est possible que l’avenir nous apprenne pourquoi l’équipe, cette équipe à l’ADN guerrier si cher à Chris McSorley a pu s’effondrer de la sorte après ce qui n’était qu’un coup du sort. Ce n’était qu’un match, au sein d’un best of seven.

 

Toute la saison, il aura été question d’une situation étouffante en coulisses et, alors que les cendres de cette saison sont encore chaudes, il est déjà à nouveau question de cela. Climat trop lourd pour aborder les séries finales sereinement ? Ou peut-être également que l’équipe avait besoin d’un autre capitaine, un peu plus concerné par l’équipe que par sa visite de l’Europe. Ou, qui sait, peut-être que cette équipe est arrivée en fin de cycle en terme de coaching, chose que mon cœur refuserait pourtant d’envisager une seule seconde. D’autres, plus froidement, se doivent de se poser la question.

 

Quoi qu’il en soit, si cette défaite fait si mal, c’est parce que pour la première fois depuis longtemps, je me sens bien incapable d’être fier de mon équipe au lendemain de la fin de son championnat. Et ce n’est pas ce à quoi nous autres supporters du GSHC avons été habitués.