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Les Vernets

Les Vernets, ça fait partie de ces trucs tellement vieux que vous aurez de la peine à trouver quelqu'un capable de vous raconter comment c'était avant. C'est en 1958 que ce gros hangar fait de noble béton brut et de tôle ondulée fut inauguré. 1958, ça fait un bail ! Le SC Bern n'avait encore jamais été champion, on écoutait Edith Piaf sur scène et Rémy Pagani ne savait pas encore lire...

 

C'est tellement loin dans le temps, que mis à part 5 ans sur une patinoire aménagée dans l'ancien palais des expositions, l'avant-Vernets se passait sur des patinoires naturelles ! Ce qui obligeait souvent les équipes genevoises à s'exiler à Lausanne pour leurs matchs « à domicile ».

 

D'un point de vue architectural, les architectes, François Maurice, Jean Duret et Albert Cingria, ont mis la barre très haut. Comment ne pas rester scotché d'admiration face à ce parallélépipède inspiré des plus prestigieux hangars à Antonov de Sibérie orientale ?

 

Enfin me direz-vous, l'apparence extérieure d'une patinoire n'est pas vraiment la première priorité pour l'amateur de hockey moyen qui remplira les gradins. Le centre Bell de Montréal ou le Madison Square Garden de New-York ne sont pas vraiment des bâtiments que l'on classerait à l'UNESCO. Donc finalement peut importe à quoi ça ressemble, pourvu qu'à l'intérieur ça en jette !

 

Et alors là, quand on entre dans cette arène, y'a pas à tortiller on est pas déçu !

 

Tout d'abord, la glace : alors que le hockey se joue (en Europe) sur une surface de 61m de long pour 30m de large, nos brillants architectes ont décidé de nous en donner plus. Un tel élan de générosité ne peut qu'être salué ! Nous disposons donc aux Vernets d'une surface de 38,60m par 69,55m, ce qui nous fait pas loin de 1000m2 de glace en plus (ou en trop, c'est selon). Dans une patinoire construite pour le hockey sur glace c'est pour le moins particulier. Je me permets de préciser à ceux qui me tomberaient dessus avec des arguments à la Dédé Hediger que les compétions de patinage artistique se déroulent sur des glaces aux dimensions hockey, pour preuve les compétions internationales récemment organisées à Lausanne et Berne. La seule utilisation qui profite de cette glace généreuse est le patinage public, mais vous conviendrez que 7'000 places pour du patinage public, c'est légèrement surévalué.

 

Pour jouer au hockey dans cette patinoire il faut donc monter un rink démontable. Celui-ci a été remplacé à l'été 2010, nous privant des rebonds parfois très aléatoires de l'ancien modèle. Beat Kindler s'en rappelle certainement encore.

 

Ensuite, parlons de la glace elle-même. Je ne sais pas si les compresseurs ont été dimensionnés pour une surface de glace « normale » ou si à l'époque il était déjà question d'économie d'énergie, mais force est de constater que leur puissance est largement insuffisante. Il en résulte une glace de qualité lamentable, sans aucun doute la pire du championnat, qui explique en partie ces innombrables et exaspérantes pertes de puck à la ligne bleue en power-play. Il est en effet passablement plus difficile de contrôler un puck glissant sur une glace bosselée par l'usure excessive et qui doit se frayer un chemin dans un bon centimètre de neige. Et l'on a tous assisté trop souvent à ce spectacle, mi-comique, mi-pathétique, où des employés du service des sports doivent venir bricoler tant bien que mal la glace avec de l'azote liquide après une cage déplacée.

 

Prenons maintenant un peu de hauteur et parlons des gradins. Je ne vais pas faire un historique des différents bricolages effectués depuis le début des années 90 pour « améliorer » l'ouvrage. Le plus marquant restant quand même le remplacement des tribunes furiani, qui à défaut d'améliorer l'enceinte à permis d'éviter un accident digne d'un pays sous-développé.

 

Avec notre glace rectangulaire et beaucoup trop grande, on se retrouve donc avec des gradins mal adaptés et beaucoup trop éloignés du bord. Mais dans le fond c'est pas si grave vu que le hockey est un sport plutôt lent, qui se joue avec un énorme ballon orange fluo, et qu'il se démarque rarement par des petits gestes techniques et rapides... Sans oublier que les gradins commençant au niveau de la glace, si vous avez la chance d'être dans les premiers rangs votre vue du jeu sera donc bouchée par le rink amovible.

 

Mais la liste ne s'arrête pas là ! Regardez bien la grande tribune et vous verrez que si vous êtes placés aux extrémités, vous n'êtes pas face à la glace (pourtant beaucoup trop grande) mais complètement décalé de nombreux mètres. La tribune continue bien au-delà de la longueur de la surface de glace et vous donne une vue imprenable sur... la tribune nord ou sud. Suivant où vous êtes placés, il vous faut presque prendre des jumelles pour voir les entrées de zone de l'autre côté. Une tribune qui permet de regarder une autre tribune, personne n'y avait pensé ! On comprend mieux tout de suite les velléités d'une certaine association pour faire classer ce bâtiment au plus vite.

 

La liste pourrait encore être longue entre la sono, l'éclairage, les entrées, les buvettes, la bière et j'en passe. Il y a néanmoins encore un point noir important à mes yeux, a même de péjorer une belle soirée de hockey : l’acoustique. Que çe soient les supporters locaux ou les visiteurs, même dans un très grand soir, tous ont constaté qu'il était quasi impossible de transformer un hangar en chaudron. Cette simple qualité aurait suffit à au moins donner une âme à cette patinoire, ce n'est malheureusement pas le cas.

 

Les Vernets n'ont-ils que des défauts ? On serait parfois tenter de le penser... Ça serait un tout petit peu réducteur.

 

Premièrement, les Vernets sont l'une des rares patinoires de Suisse où l'on ne se gèle pas les miches dès les premiers frimas de l'hiver. Ceux qui sont allés à la Valascia savent combien un match de hockey peut être long lorsqu'au mois de janvier le vent s'engouffre dans ce tas de tôles ondulées.

 

Cette patinoire a aussi une qualité induite par ses défauts : l'espace intérieur. On peut y rester à l'intérieur en ayant la place pour siroter une Feld tout juste buvable avec des potes. Le hall sous la grande tribune est un vrai lieu de vie. Les théories à deux balles, les analyses aiguisées, les coups de gueules fleuris, les discours d’auto-congratulations, les débats enflammés sur les lignes, les schémas de power-play, tous se côtoient dans cette espace. Tout le monde peux y aller, que vous ayez payé votre billet 4.- ou 80.-, que vous soyez étudiant en place debout ou invité en VIP, et chacun retourne à sa place lorsque la sirène sonne. Et à la pause suivante, tout le monde y retourne pour débattre de ce qu'il a vu lors du tiers écoulé. Ce hall, il vaut parfois la peine de passer seul à travers, tranquillement, simplement en ouvrant les oreilles et en écoutant ce qu'il se dit. Les gens parlent avec leur tripes, on y sent leur frustration ou leur joie. Rien que les écouter par-ci par-là suffit parfois à me redonner le sourire durant un match médiocre.

 

Mais les Vernets, c'est surtout notre patinoire. Elle est loin d'être parfaite, mais c'est là que joue notre équipe dans notre ville. On y chante le Cé qué l'aino avant chaque match, on y a quelques mauvais mais surtout beaucoup de bons souvenirs. Des grandes victoires, des beaux buts, des moments intenses, des cris de joie, toutes ces choses on les a vécues ici. Cette patinoire, elle respire le GSHC, du sang grenat coule en elle, et rien que pour ça on est obligé de l'aimer !