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Osons faire le bilan de Chris McSorley !

On vous prévient tout de suite, ça va être long, très long. Mais on espère intéressant.

 

Chris McSorley est une légende vivante à Genève. Ca, personne ne le conteste et personne ne pourra lui enlever. Le jour où il s’en ira, il faudra lui ériger une statue et encore, cela ne suffira pas.

 

Toutefois, ce statut incontesté ne doit pas le placer au-dessus de la critique. Au-dessus de la critique gratuite, certes, mais pas au-dessus de celle qui se veut construite et argumentée. Dans cet article, nous ne tenterons pas de dire « Il faut que McSorley dégage » ou « McSorley fait tout juste », mais plutôt de dresser un bilan le plus objectif possible, en soulignant intelligemment ce qu’il a fait de bon au club, mais aussi ses faits moins glorieux.

 

Toute la saison, nous nous sommes évertués à répéter que les bilans se faisaient à la fin de celle-ci, et non pas en cours. Le déroulement de cette cuvée 2012-2013 nous a donné raison. Car si Chris était idolâtré pour sa campagne de transferts après 15 matches, ils s’est vu critiqué comme jamais durant les 35 qui ont suivi. Et plus personne n’en a parlé durant les playoffs, preuve en est que les bilans hâtifs sont souvent bien démunis de sens.

 

Où serions-nous sans lui ?

 

Rappelons-nous un instant de la situation du club avant l’arrivé de Chris en 2001. Nous végétions en LNB, et même si nous sortions d’une saison honorable, les perspectives à moyen-long terme semblaient bien ternes. Vous me direz, Chris McSorley n’est pas arrivé ici seul, il a été « placé » là par le Groupe Anschutz, et vous avez raison. Néanmoins, si le développement du club a clairement débuté sous l’égide du groupe américain, Chris a pris les commandes en 2005, alors qu’il aurait pu s’en aller comme ses patrons. Au lieu de cela, le voici devenu propriétaire-entraîneur de notre club, posant une base solide à la construction de son statut de légende vivante.

 

En profitant du travail entamé durant ces 4 premières années, il a su contribuer au développement quasi-inimaginable de ce club. Comme nous avons pu en faire le tour durant notre calendrier de l’avent, le club s’est professionnalisé à tous les niveaux. Si tout ne sera probablement jamais parfait – qu’est-ce qui peut prétendre l’être ? – un simple regard dans le rétroviseur suffit à constater le chemin parcouru.

 

Chris McSorley n’est évidemment pas le seul responsable de cette évolution. Il a pu, tout au long de son aventure, s’appuyer sur un staff, plus ou moins compétent selon les périodes. Mais les échos sur son désir de participer à tout ce qu’il se passe au sein du club nous font quand même penser qu’une bonne partie du mérite lui revient.

 

Il est quasiment impossible de dire où nous en serions aujourd’hui si Chris avait quitté le navire en 2005, mais il est difficile d’imaginer que nous aurions survécu. En terme d’engouement, de réputation dans le milieu du hockey suisse – qui, Dieu merci, ne se résume pas à certains forums de grincheux -, ou de relations avec les milieux politiques et économiques du Canton, le travail accompli est formidable. L’augmentation présumée du budget, sur laquelle nous reviendrons, et l’évolution sportive sont également à souligner. Ces deux derniers points sont pourtant ceux sur lesquels Chris est le plus souvent critiqué, devançant d’une petite longueur ses multiples casquettes et son sale caractère. A tort ou à raison ? Tentons d’y répondre. Car faire le bilan de Chris, c’est d’abord souligner tout ce qui précède, même si pour vous éviter de nous lire sur 10 pages on ne se replonge pas dans tous les détails, d’autant qu’ils sont connus de tous. Mais c’est également relever ce qui va moins bien.

 

Le budget ? Mais quel budget ?

 

« Je tiens à rappeler que nous possédons l’un des 4 plus petits budgets de la ligue ». C’est derrière cette phrase que notre Big Boss aime se cacher lorsqu’on lui demande d’effectuer un bilan sportif. Si on pouvait la considérer comme sensée il y a 5 ou 6 ans, cette excuse fait désormais rire beaucoup de monde à Genève (ailleurs aussi me direz-vous, mais on s’en fout). Continuer à prétendre cela quand on a un effectif comme le notre c’est, pardonnez-moi l’expression, prendre les gens pour des cons.

 

Nous sommes habitués à ce que la plus grande opacité règne autour de la situation financière du club. Opacité qui s’applique d’ailleurs que quand ça arrange, vu que Chris et Quennec n’ont eu aucun mal à parler de la somme de 2 millions qu’il manquait pour combler le trou en fin de saison. Par contre, en 10 ans, pas de trace de chiffres exacts sur notre budget, rien que des rumeurs et des spéculations.

 

Ces rumeurs et spéculations accompagnent toujours également la situation claire de Quennec et McSorley vis-à-vis de notre club ferme situé 60 kilomètres à l’Est, tout juste promu en LNA. Peut-être pouvons-nous caresser l’espoir de voir cette situation s’éclaircir prochainement, voire même espérer que le cordon entre nos deux clubs, pour autant qu’il existe encore vraiment, soit définitivement coupé. Quoiqu’il en soit, si l’on peut déjà avoir quelques difficultés à envisager que nos dirigeants aient aidé notre plus grand rival à se sauver dans un premier temps, puis à monter, nous cacher sciemment toute la vérité sur ce qu’il se passe vraiment est à la limite du respect.

 

Ce budget, anonyme mais prétendument faible, nous permet quand même depuis 2 saisons de réaliser des campagnes de transferts excellentes, puisque durant cette période, nous avons réussi à attirer 3 internationaux reconnus et désirés par la moitié du pays au moins, à savoir Romy, Walker et Hollenstein. Et ce n’est pas comme si autour d’eux, il n’y avait que des manches ou des juniors bon marché. Donc quitte à vouloir nous taire les chiffres exacts, y aurait-il vraiment une honte à avouer que le budget augmente ?

 

Et sur la glace alors ?

 

Il va de soi qu’avec des renforts de la trempe des 3 joueurs cités ci-dessus, le staff et le public ne se contenteront plus d’avoir comme objectif une qualification pour les playoffs. Le budget augmente, la qualité de l’effectif en fait de même, pourquoi les attentes des uns et des autres ne devraient-elles pas suivre le mouvement ? Et c’est précisément sur cette capacité à mener le club vers les sommets que Chris est parfois remis en cause. Principalement lors des périodes creuses, bien sûr.

 

Jusqu’à maintenant, les effectifs qui ont été les nôtres ont été construits à coup de flair plus qu’à coup de billets. Les joueurs qui nous ont porté deux fois en finale n’étaient de loin pas tous des joueurs de LNA accomplis à leur arrivée et Chris a su le transformer en leaders, voire en internationaux. Dans ce contexte, parvenir en finale du championnat tenait plus de l’exploit qu’autre chose. Et si durant la même période, nous avons également connu deux fois les playout, il est difficile de tirer un bilan négatif de ces 10 ans. Hormis peut-être cette saison, où nous avons tous l’impression d’être passé à côté de quelque chose.

 

La question qui se pose maintenant est plus de savoir si McSorley est l’homme de la situation pour gérer un effectif dont la qualité n’est pas à prouver. Peut-il, en continuant à pratiquer ce système de jeu, nous mener vers ce fameux titre ? Vouloir essayer de répondre à ces questions est tentant mais ça nous prendrait des plombes. Et surtout, ça n’a plus grand-chose à faire avec un bilan. Mais nous y reviendrons un jour ou l’autre.

 

Système de jeu et power-play... Power-quoi ?

 

Le vrai nerf de la guerre, il est là : le spectacle proposé. Car autant on peut s’imaginer dormir tranquille sans connaître le budget au franc près, autant ce qui nous est proposé sur la glace est la partie qui nous intéresse vraiment.

 

Les fervents défenseurs de Chris, lorsque vous leur demandez leur avis sur le système de jeu, vous répondront que celui-ci nous a menés deux fois en finale. J’avoue avoir moi-même répondu cela un certain nombre fois, mais essayons de nous poser la question dans l’autre sens : Est-ce qu’avec un système de jeu plus sexy, nous aurions décroché le Graal ?

 

Refaire l’histoire étant impossible, répondre à cette question l’est tout autant. Reprocher à McSorley de ne pas avoir su gagner une finale serait osé, en revanche ce que d’aucun lui reprochent c’est de ne pas avoir fait évoluer son système pour se donner les moyens de le faire. La vérité est surtout que ce système est chiant à voir. Et que s’il convient à merveille quand il était appliqué avec des joueurs plus braves soldats qu’artistes, celui-ci atteint peut-être ses limites lorsqu’on demande à une hyper talentueuse et technique de l’appliquer.

 

L’impression est en fait que les joueurs sont bridés dans un système qui ne leur laisse pas exprimer leur plein potentiel. Avec l’attaque qui était la notre cette saison – que dire de celle de la saison prochaine ? – nous aurions voulu voir certaines libertés accordées à nos joueurs, à l’instar de ce que pouvait faire Oleg Petrov à l’époque, et pas uniquement des pucks lancés au fond et du jeu derrière les buts. Encore une fois, nous étions à une latte près de sortir Berne et personne n’aurait parlé de ce fameux système jusqu’à la prochaine crise sportive. Preuve en est que ce système est régulièrement remis en cause, parfois même quand on gagne.

 

Ce système changera-t-il radicalement un jour ? On en doute. Appliqué qu’il est depuis 10 ans, on peine à imagine McSorley prendre un virage à 180° maintenant. D’autant plus que ça a (soi-disant) été tenté durant la saison 2011/2012 – le fameux « Speed, speed, speed » - avec le succès que l’on connaît. Néanmoins, sur le papier ce fameux système basé sur la vitesse semblait assez prometteur. L’erreur aura peut-être été de tenter de le faire appliquer à une équipe qui n’en était pas forcément capable. Est-ce que des joueurs comme Hollenstein, Romy et consorts sauraient le faire de manière plus efficace ? Il n’y a rien d’utopique à penser que oui.

 

Efficace ou pas, on se prend parfois à rêver de voir évoluer nos joueurs de manière plus agréable à l’œil. On sait que Chris aime bâtir des équipes qui ont du répondant physique et on ne peut que le soutenir dans cette optique, tant c’est devenu une sorte de marque de fabrique. Mais si au milieu de ça on pouvait quand même voir de temps à autres quelques entrées en zone correctes, quelques jolies triangulations et des buts de manuel, on n’en voudra pas à Chris d’avoir revu ses plans.

 

En revanche, si l’on peut toujours ergoter sur ce fameux système, Chris parvient au moins à réunir la totalité du public sur un point : notre power-play est misérable. Et là encore, il lui est souvent reproché de ne pas faire les ajustements nécessaires, de se borner à ses idées.

 

Le pourquoi du comment, on avoue l’ignorer, mais il est difficile de penser que la seule responsabilité de ce désastre incombe aux joueurs. Honnêtement, avec le nombre de joueurs talentueux que nous avons vu défiler, nous n’avons jamais eu un jeu de puissance convenable. Il en devient presque inutile de décrire plus l’ampleur des dégâts tant tout le monde a déjà souligné à de nombreuses reprises ce grave manquement.

 

Hormis un retour de Fedulov amputé de 10 ans, du Kolnik d’avant son opération et du Pothier des grands soirs, quelles sont les réelles solutions ? On aurait parfois envie de dire à Chris « envoie tes 5 meilleurs joueurs et laisse-les faire ce qu’ils savent, tu verras », mais on doute que ce soit dans son caractère de succomber à ce genre d’idées. De même que nous n’avons pas l’impression que ce soit son style de demander de l’aide à un spécialiste. Moralité, ça fait 10 ans qu’on bouffe de la merde à ce niveau-là (on insiste bien : « à ce niveau là », donc on parle uniquement du power-play) et on n’a pas l’impression que ça va changer. On est en fait aussi impuissant devant ce problème que nos joueurs devants les buts en supériorité.

 

Son caractère lui joue-t-il des tours ?

 

Les anti-McSorley en sont convaincus : les arbitres prennent un malin plaisir à siffler contre nous pour faire chier celui que le monde entier déteste, à l’exception d’un village d’irréductibles genevois. Sa réputation de bad boy est-elle fatale au club ? Doit-on lui imputer cette responsabilité ? On a envie de penser que non, mais le débat est ouvert.

 

Son caractère lui a certainement joué des tours, peut-être bien qu’il a écopé à plusieurs reprises de punitions ou amendes uniquement ou presque basées sur le délit de sale gueule. Pourtant, et contrairement à ce que certaines légendes urbaines veulent nous faire croire, il est respecté dans le microcosme du hockey suisse. Il est passionné, déchaîné, peut-être dépasse-t-il parfois les bornes, mais il a la faculté de revenir à la raison une fois le match fini. Ou disons plutôt dans l’heure qui suit.

 

Le problème est le même avec la gestion humaine de ses troupes. Il lui a souvent été reproché de traiter ses joueurs de manière un peu borderline, expliquant les départs de certains en cours de saison (Hecquefeuille, Schneeberger, Brunner ou Couture dernièrement, mais aussi des dossiers plus anciens comme Bobilier, Crameri ou Baumann par exemple). Longtemps, certains se sont évertués à nous faire croire que de par son comportement, il empêchait la venue à Genève de joueurs confirmés, horripilés qu’ils seraient par les grandes envolées injurieuses de Chris.

 

Si on veut bien imaginer qu’il n’utilise pas toujours le dos de la cuillère pour s’adresser à ses joueurs et qu’il considère ceux-ci « comme des pions » ainsi que nous l’a décrit Jonathan Mercier, croire que Chris est mangeur d’enfants doublé d’un martyr serait quand même preuve d’une certaine naïveté, pour ne pas dire plus. Sinon, comment expliquer qu’un mec comme Bezina – prenons l’exemple le plus parlant – ait prolongé son contrat à plusieurs reprises alors que la Suisse entière le voulait. Ou encore le retour de Romy ? L’arrivée d’Hollenstein ?

 

Bref, vous l’aurez compris, si on cherche à faire un bilan objectif de notre Boss, autant essayer de le faire sur des critères en valant la peine.

 

Des choix non-populaires mais payants

 

Un des effets collatéraux de cette gestion humaine dépouillée de presque tout sentiment, c’est que Chris ne va pas garder un joueur juste parce qu’il est aimé du grand public. Savary, Deruns et Gobbi en sont les exemples les plus marquants et en remontant un peu plus loin, on se souvient des réactions mitigées suite aux départs de Romy, de Suri ou même de Lehoux ou Rubin. S’il a toujours dit qu’il avait 7'000 patrons, McSorley ne peut pas composer son équipe en fonction des affinités de chacun et doit en ce sens prendre des décisions peu appréciées. Il n’empêche que dans l’absolu, si on prend tous les départs voulus par Chris (excluant donc ceux de joueurs ayant manifesté le désir de partir) seul celui de Suri – qui pourrait être lié à des raisons autres que la volonté de Chris – est amèrement regretté aujourd’hui. Tous les autres sont maintenant considérés comme de bons coups, certain ayant même rapporté pas mal d’argent au club.

 

Le remplacer ou l’épauler ?

 

La fameuse question qui tue : en vertu de ce qui précède, Chris McSorley est-il arrivé en bout de cycle ? Faut-il lui adjoindre un spécialiste en power-play ? Confier les rênes de l’équipe à quelqu’un d’autre et le laisser gérer la direction sportive ? Sciemment, nous ne posons pas la question de savoir s’il faut qu’il reste au club. A ce jour, poser la question c’est y répondre.

 

Sa fonction d’entraîneur se cumule actuellement avec celle de Directeur sportif, mais on sait également que tout le reste de la vie du club est sous son contrôle. A la longue, cette multiplication de responsabilités nuit-elle à ses facultés d’entraîneur ? Est-il à sa place en tant que responsable de l’entier des actions du club ? La communication de celui-ci pourrait laisser planer le doute.

 

En plus du budget qui nous est caché, on ne peut pas dire que la communication du club – que Chris contrôle - sur le domaine sportif soit à la pointe. Rarement informés sur les blessures, souvent mis au courant de nos futurs renforts par voie de presse avant la voie officielle, omerta sur les ventes d’abonnements, etc. Ce silence est parfois pesant et ne répond pas à l’attente du public. Tout américaine qu’elle soit, cette notion de la communication échappe à pas mal d’entre nous.

 

Courage, c'est bientôt fini !

 

En arrivant au terme de ce bilan, nous n’avons pas la conviction de vous avoir appris grand-chose, ni même la prétention de considérer celui-ci comme exhaustif. On revendiquera par contre le mérite d’avoir su poser une bonne partie des éléments sur la table pour ouvrir le débat : en considérant tout ce qui a été dit ci-dessus, McSorley est-il encore l’homme de la situation ?

 

Comme nous aimons pas faire les choses à moitié, l’interview du principal intéressé devrait suivre prochainement. Vous pouvez d’ores et déjà compter sur nous pour nous intéresser d’avantage aux questions « délicates » plutôt que de lui poser pour la 159ème fois une question sur sa maîtrise aléatoire de la langue française. Car à vrai dire, ça, on s’en fout royalement ! Nous avons « dénoncé » certaines choses plus haut, laissons maintenant la personne la mieux placée pour en parler le faire.

 

Quoiqu’il en soit, et malgré certains propos « durs », je peux parler au nom de toute la rédaction en disant que nous adorons Chris et ce qu’il représente, ce qu’il a apporté et apportera encore. Mais comme dit en introduction, cela ne doit pas nous empêcher de se poser les bonnes questions.

 

Pour terminer, revenons sur cette fameuse popularité dont il jouit à Genève. Il en a probablement posé les premiers jalons lors de la promotion en LNA. Il est encore monté en grade lorsqu’il a repris le club en 2005. Et a définitivement gagné son statut de légende vivante le jour où il a déclaré que, une fois passé le panneau Versoix , peu lui importait ce que l’on pense de lui. Le genre de phrases qui plaît quand on est situé du bon côté de ce fameux panneau. Si l’on aime tant Chris McSorley, ne nous en cachons pas, c’est avant tout pour une seule raison : il est comme nous ! Il râle tout le temps, est mauvais perdant, a toujours raison, est peu aimé outre-Versoix, jalousé, un poil manipulateur, dérangeant et dérangé : pas de doute, nous tenons là le plus Genevois des Canadiens !