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Savoir tourner la page

Prophétie oblige, « Jésus Chris » se devait de revenir après avoir été trahi par Hugh Quennec, Judas et fossoyeur du club, qui aura fini par crucifier son meilleur ennemi.

 

Prophétie dont la réalisation doit en réalité tout à la Fondation 1890, propriétaire du club et qui avait choisi de relancer le Canadien pour un tour derrière le banc, remplaçant l’extrêmement impopulaire Craig Woodcroft. Indécrottable romantisme oblige, j’aimerais pouvoir vous dire qu’aux yeux de la Fondation il s’agissait là de remettre l’église au milieu du village, mais il n’en est rien. Pour le propriétaire du club, il s’agissait avant tout d’un remariage de raison : Chris, extrêmement populaire à Genève et toujours au bénéfice d’un (lourd) contrat, était le bon coup de comm’ sans frais parfait pour accompagner la prise de pouvoir de Rolex aux Vernets.

 

Il faut en être conscient, au moment où l’on se questionne autour de ce bouleversement à vrai dire entériné depuis de longues semaines et qui ne manquera pas de faire réagir. Normal, aux vues de la stature de Chris à Genève.

 

C’est l’objet de ce papier.

 

Je vais tirer le sparadrap d’un coup sec : je pense que cette décision est la bonne. Que ce changement de cap de notre propriétaire est cohérent.

 

Déjà parce que, une fois retombée la formidable montée d’adrénaline de cette fin de saison, le bilan de cet exercice 2018-2019 apparaît somme toute moyen : avant ce grand final homérique, combien de matchs – certes souvent tronqués par les blessures – franchement décevants ? Durant quarante-six ou quarante-sept matchs, on ne s’est pas vraiment enflammés cette saison. Quant à cette formidable remontada de fin de saison, suivie d’un remarquable morceau de bravoure en série contre Berne, elle tient plus d’une formidable réaction d’orgueil de nos joueurs, saupoudrée d’un brin de réussite, que d’autre chose. Pire, il n’est pas impossible que cette soudaine union sacrée ait été obtenue en échange de la tête du coach. Un bruit persistant, mais à prendre toutefois au conditionnel, courant à ce sujet depuis passablement longtemps maintenant.

 

Dans tous les cas, le bilan de la saison n’est pas franchement mauvais non plus : vous pourriez d’ailleurs juger que Chris s’en est très bien tiré avec les moyens du bord durant quarante-sept matchs, et refuser de prêter l’oreille aux rumeurs. Je vous sais nombreux dans ce cas-là. D’ailleurs, rarement au moment de faire le bilan d’une de nos saisons, il n’aura autant été question de verre à moitié vide ou à moitié plein.

 

Alors pourquoi actionner le siège éjectable du héros de tout un peuple, alors qu’il n’a pas franchement déçu ?

 

Parce que la vérité d’un jour n’est pas celle du lendemain. Et que, sportivement, le projet du GSHC de demain devrait être très différent de celui de hier.

Alors que nombre de nos cadres suisses ont quitté le navire pour un projet plus ambitieux (Almond, Riat, Loeffel) ou sont devenus vieillissants (Bezina, Vukovic, Romy), au point pour certains de raccrocher les patins, l’heure est à la reconstruction. Cette dernière se heurtant à deux problèmes principaux : notre propriétaire, bien que généreux au moment d’éponger la dette abyssale laissée par Quennec, est un gestionnaire rigoureux qui n’a pas vocation à s’aligner sur la surenchère salariale gangrenant actuellement le championnat, et renforcée encore par la récente furia dépensière lausannoise. Et puis, voyons les choses en face, notre club souffre en termes de projet sportif face à la montée des nouvelles puissances lausannoise et biennoise.

 

Le temps où Genève-Servette était la meilleure adresse romande est révolu. Un nouveau changement de statut, favorable cette fois-ci, passera au minimum par la construction d’une nouvelle patinoire.

 

Moins d’argent, un projet sportif moins attractif donc, mais tout n’est pas noir pour autant. Le club a la chance de pouvoir récolter les fruits de son excellent travail avec son mouvement junior, et bénéficie d’une génération dorée qu’il va falloir savoir faire éclore au plus haut niveau. Basez vous là-dessus, ajoutez quelques jeunes talents glanés ailleurs (LeCoultre, Karrer, Miranda) en leur promettant des responsabilités qu’ils ne pourraient obtenir dans un club plus ambitieux, et vous voila avec un nouveau projet sportif en mains.

 

Et c’est là que se pose la question du rôle de Chris McSorley, et du rôle qu’il peut, ou pas, jouer dans ce projet.

 

La force du Canadien a toujours été de réussir à faire se surpasser un groupe globalement assez peu talentueux. Souvent des vétérans, porteurs d’eau, chez qui Chris avait su déceler quelque chose. Le groupe à disposition du futur coach « grenat » la saison prochaine devrait être très différent : Karrer, Miranda, LeCoultre donc mais aussi, entre autres, des Maillard, Guebey, A. Riat ou encore Rod. Et puis, il y a également le cas de nos deux jeunes Lettons à licence suisse, même si ceux-ci devraient logiquement d’abord faire leurs armes en Ligue B. À ce sujet, la montée (à laquelle notre club a fortement contribué) du HC Sierre est une excellente nouvelle, qui s’inscrit d’ailleurs précisément dans notre projet.

 

Maintenant, prenez le cas de Guillaume Maillard cette saison : sans doute notre jeune joueur de centre le plus prometteur, mais qui n’aura obtenu que de rares minutes de jeu alors même que l’équipe était le plus souvent décimée. Si McSorley a parfaitement le droit de lui préférer (entre autre) un Romy pourtant moribond, arguant de la sécurité au moment de choisir son joueur de centre, cela en dit assez long sur la philosophie du coach. Il y a également d’autres exemples problématiques, comme les branlées reçues par Guebey et d’autres jeunes, qui après un premier shift raté, ne se seront plus vus proposer d’opportunités. Le contexte de la saison prochaine ne permettra plus cette très relative confiance et cette dureté certaine à l’égard de nos jeunes talents.

 

Et puis d’ailleurs, de façon générale, quel jeune a véritablement « explosé » sous la houlette du coach Canadien ? Thiry l’a fait… à Zoug, D. Riat a choisi de s’exporter à Bienne, Rod – sans franchement décevoir – peine pour l’instant à vraiment exploiter l’entièreté de son énorme potentiel, Antonietti est un flop monumental, Impose également.

 

Chris McSorley est un formidable entraîneur. Un formidable motivateur et – peut-être surtout – un brillant architecte dans son rôle de Directeur Sportif. Mais ce qu’il n’est définitivement pas, c’est un développeur de jeunes talents. Ce n’est pas non plus l’homme le plus patient ou le plus pédagogue qui soit.

 

Enfin, il y a la question de comment ces jeunes sont développés, à travers quelle philosophie de jeu. On connaît tous le « style McSorley », même si ce dernier ne peut être défini qu’à travers quelques grandes lignes, notre ancien coach étant tout de même parfaitement capable d’ajustements. Il n’empêche, c’est un hockey extrêmement physique, d’aucun diront usant, qui ne correspond plus vraiment aux standards actuels : joueurs plus petits, plus légers, plus rapides, plus techniques. S’il est un peu tôt pour enterrer complètement la méthode canadienne, elle a en tout cas sérieusement pris du plomb dans l’aile. Suffisamment pour s’interroger sur la pertinence de confier les talents de demain au style d’un McSorley qui a passé l’âge (et n’a d’ailleurs probablement pas l’envie) de se réinventer complètement. Il nous avait d’ailleurs promis « un nouveau McSorley » à l’occasion de son retour, force est de constater qu’il n’en a rien été. Après des décennies à coacher avec une philosophie bien spécifique, loin de moi l’idée de lui jeter la pierre.

 

D’ailleurs, il n’est certainement pas question ici de la lui jeter pour quoi que ce soit. Chris est, et sera toujours, une légende du club. Un monstre sacré. L’homme qui a remis Genève sur la carte du hockey helvétique.

 

Ce dont il est question, c’est d’accepter que la situation du GSHC n’est pas celle qu’elle a pu être il y a quelques années, que le hockey lui-même a changé et que, dans ce contexte, même « Jésus Chris » n’est pas forcément éternel.

 

Et puis, si vous ne deviez pas être convaincu par cette prise de position, nous pourrons au moins nous rejoindre autour d’un argument imparable : avec cette fin de saison héroïque, Chris a la possibilité de quitter son banc la tête haute, le sentiment du devoir accompli, sans que personne n’ait pu pointer du doigt une saison de trop.

 

Il aurait été triste qu’il en soit autrement.