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Christophe Stücki : "Notre budget ? 11.3 millions"

Date de l'interview
Mercredi, Décembre 17, 2014

Après Didier Massy en 2013, voici notre cadeau de Noël 2014

 

Il est le Directeur général de notre club mais reste pourtant assez méconnu du grand public. Nous sommes donc allés à sa rencontre pour un long et enrichissant entretien. Comme quoi, il suffit parfois de poser certaines questions pour en obtenir les réponses...

 

Pour commencer, pouvez-vous nous expliquer votre fonction ? Le grand public connait bien le président Hugh Quennec et l'entraîneur-manager Chris McSorley mais on vous connait assez peu vous qui êtes finalement le numéro trois de ce club.

Je suis en effet le numéro trois, on attend de moi un travail moins visible. Je suis un gestionnaire, c'est pour ça que Hugh Quennec est venu me chercher il y a presque 4 ans, donc je supervise la gestion du club dans tous les domaines. J'ai la responsabilité de l'organisation de matchs, relations aux partenaires, la billetterie, le développement commercial, la tenue du budget financier, etc. C'est tout de même une PME de presque 60 personnes à faire tourner.

J'ai des objectifs qui me sont fixés et je dois les atteindre. Le volet le plus visible est de générer des revenus additionnels et de s’assurer que les dépenses sont sous contrôle. Je peux m’appuyer pour cela sur une petite équipe extraordinaire, compétente et passionnée. Mon rôle est donc celui d’un gestionnaire d’entreprise.

Depuis mon arrivée, on a revu les procédures pour l’engagement de joueurs avec Chris. Il ne peut pas signer un contrat avec un joueur sans s'être concerté avec moi pour voir s'il y a de la place dans le budget à sa disposition qui lui est notifié bien à l’avance. S'il manque de l'argent, des mesures s'imposent soit en se séparant d'un autre joueur soit, dans de rares cas et si c'est possible, Hugh Quennec et moi approchons différents partenaires et amis du club pour constituer un pool pour financer cette dépense supplémentaire et non budgétée.

Chris a des objectifs très stricts et précis et se plie à cette rigueur! Il s'y plie d'autant plus volontiers que nous avons réussi à faire grandir le budget sportif de manière conséquente ces dernières années.

 

Justement, quel est le montant du budget du club ?

11,3 millions.

 

Que comprend cette somme ? Est-ce qu'on parle de la masse salariale de la 1ère équipe ?

C'est le budget « sport » donc la masse salariale et tous les frais liés à la première équipe. C'est à dire nutrition, déplacement, médecins, physios, masseurs, matériel, etc. Cela comprend aussi les salaires des entraineurs et du staff technique. On est passé en 4 ans d'un budget d'un peu plus de 8 millions à 11,3 millions cette saison.

 

Vous nous donnez ce chiffre clairement alors qu'on lit tout le temps dans la presse qu'il est secret, pourquoi ?

On communique ce chiffre sans aucun problème depuis plusieurs années. Nos opérations hockey sont saines et maitrisées, nous n'avons pas de problème à révéler ce chiffre. En revanche nous ne communiquons pas sur la masse globale des dépenses du club. Notamment ce qu'on dépense en marketing, promotions, en investissement, matériel événementiel par exemple, et autres dépenses administratives. On est une entreprise privée et on ne souhaite pas communiquer sur ces dépenses-là. Mais de toute façon ce qui intéresse le public c'est la somme que l'on peut attribuer à Chris pour construire son équipe.

 

A quoi peut-on attribuer cette hausse des recettes et donc du budget ces dernière années ? On entend beaucoup de choses au niveau des revenus quant à des donneurs ou mécènes importants. Existent-ils et le cas échéant dans quelles proportions ?

Alors la première chose à dire c'est que les recettes ont bel et bien augmenté pour financer ces dépenses. Je suis en quelques sortes le gardien de cette orthodoxie. Pas un franc n'est dépensé, même pour un super joueur, sans que je sois certain que ce franc on l'aura de l'autre côté dans les recettes. Je dois garantir aux actionnaires, c'est mon job, que les comptes sont équilibrés à la fin de l'exercice. Et ceci quels que soient les résultats sportifs.

Pour revenir à votre question, le mécénat pur n'existe pas chez nous ! Nous avons des partenaires commerciaux uniquement, mais, en effet, certains soutiennent le club plus que d'autres. Je ne vais pas entrer dans les détails mais ces partenaires en plus de la relation commerciale classique ont la réelle volonté de soutenir le club de manière plus marquée. Mais nous leur offrons toujours une prestation en retour comme à tous nos partenaires. Nous n'avons pas de Walter Frey (Zürich) ou de famille Montegazza (Lugano) au GSHC.

 

Quelle part du budget représente ces partenaires « privilégiés » ?

Nous ne voulons pas rendre cette information publique. Mais la cause principale de l'augmentation des recettes du club provient principalement de la nouvelle zone VIP qui nous a permis d'augmenter de manière vraiment importante nos revenus et en conséquence le budget sportif. Il faut vous rendre compte qu'on est passé de 300 places en VIP à 850 places de qualité qui sont toutes vendues. On a des listes d'attente pour des salons et des places en tribune VIP. Ce qui confirme aussi le besoin d'une nouvelle patinoire pour répondre à cette demande et continuer à nous développer.

Il faut bien réaliser que Genève est un marché particulier. Il y a certes beaucoup de gens aisés mais ils sont tous démarchés par de nombreuses institutions culturelles ou artistiques et nous sommes d'une certaine manière en concurrence avec tous ces autres acteurs de la vie socioculturelle. Il nous a fallu donc accumuler de nombreux facteurs attractifs afin de séduire ce public de manière appropriée. Il ne faut aussi pas oublier que le hockey de haut niveau a été absent pendant très longtemps dans cette ville, et c’est à nous de créer les bonnes conditions pour faire revenir les Genevois de tous bords aux Vernets dans des bonnes conditions car les Genevois sont, un tant soit peu, des enfants gâtés et courtisés.

 

Donc les sièges vides qu'on aperçoit en VIP les soirs de matchs sont tous vendus ?

Oui, toute la zone VIP est vendue à la saison. Nous n'avons que 14 sièges que nous avons gardés pour la vente au match par match.

 

Quelle-est la part de la billetterie dans les recettes ?

C'est environ 50% et plus de la moitié de cette somme vient des VIP.

 

Qu'en est-il des revenus liés à la restauration ?

Contrairement à ce que certains pourraient penser, ils sont moindres par rapport aux deux piliers que sont la billetterie et les partenariats. Les soirs de match, on fait certes du chiffre mais nous assumons des frais importants et la marge dégagée est limitée. L'infrastructure nous limite aussi de ce côté-là. Il faut aussi savoir que le pub McSorley ne nous rapporte pas d'argent. C'est un fermage de la Ville, nous avons des contraintes sur l'offre et les heures d'ouverture liée au centre sportif et cela engendre des pertes qui sont juste équilibrées par les revenus des soirs de match. Rien à voir avec Berne par exemple où il y a tous les employés de PostFinance qui vont manger dans les restaurants de la patinoire toute la semaine et les revenus de cette activité vont en intégralité au club. Ils sont, il faut le reconnaitre, encore sur une autre planète pour nous. On espère avoir un restaurant qui sera rentable pour le club dans la nouvelle patinoire au Trèfle-Blanc.

Mais avant de faire du bénéfice sur la restauration on essaye surtout d'offrir un rapport qualité-prix correct, on voit plus cela comme un service aux spectateurs. Si on voulait faire de l'argent il faudrait augmenter les prix, mais on veut rester le plus accessible possible pour le grand public. Tout n'est pas parfait mais si vous allez à Lausanne par exemple, la bière est plus chère et il y a 1dl de moins.

 

Le focus n'est-il pas trop mis sur les VIP au détriment du public plus populaire ? Et en parallèle à ça, n'êtes-vous pas trop orientés « fun » au lieu de mettre en avant purement le match et le hockey lui-même ?

Tout le monde est important ! On avait un gros besoin de rattrapage en VIP mais chaque spectateur compte. Le nouveau spectateur VIP est certes important mais l'abonné en grande tribune qui est là depuis 10 ans ou plus l'est tout autant voire plus. Lui c'est un ultra passionné, fidèle, qui propage sa passion autour de lui le plus souvent et donc contribue aussi à nous faire grandir...

Mais je reviens à ce que j’ai dit précédemment, il y a beaucoup de gens qui viennent aux Vernets et qui ont des attentes au-delà d’un simple match (accueil, hospitalité, animations, networking, …) même si la passion pour le hockey va opérer après quelques matchs. Ces autres aspects qui gravitent autour d’une rencontre sont recherchés par un certain public et les gens viennent aux Vernets pour différents motifs. Pas tout le monde ne s'intéresse qu'au résultat sportif, au maillot et au club comme les plus passionnés de nos supporters et abonnés.

 

Comment expliquez-vous la baisse d'affluence constatée cette saison ? Y a-t-il eu un changement de politique au niveau des invitations ou autres ?

Non, nous n'avons rien changé à ce niveau-là. Sur les matchs de championnat jusqu'à fin novembre nous n'avons perdu qu'environ 200 personnes par match. Certainement que les matchs supplémentaires en CHL et Coupe Suisse ont eu leurs effets ainsi qu’un automne extrêmement clément au niveau du temps et des températures qui n’est pas propice à mettre un public dans l’esprit d’un sport d’hiver.

 

Qu'en est-il du nombre d'abonné dont on entend plus parler ?

Il est très stable, nous avons 5000 abonnés qui sont très fidèles avec moins de 2% de rotation.

C'est un nombre qui n'est pas facile à faire progresser car la plupart des bonnes places sont prises. Il est difficile de vendre des places à la saison dans les blocs de côté alors que la glace est très éloignée et le siège n'est pas face à la surface de jeu au point qu'il faut presque se faire un torticolis dans certaines zones pour voir le match. Les Vernets n'offrent qu'environ 5500 places avec une relativement bonne visibilité, donc il y a beaucoup de passionnés qui viennent voir leur équipe dans des mauvaises voire très mauvaises conditions si l’on pense aux parterres. Nos spectateurs nous font en quelque sorte un beau geste et preuve de soutien d'accepter ces conditions. Preuve que la nouvelle patinoire est un besoin criant également pour les secteurs incriminés principalement pour le public populaire.

 

La billetterie est aujourd'hui très majoritairement gérée sur le web, ce qui fait économiser des frais au club les soirs de matchs. Mais le spectateur se fait quand même racketter des frais assez conséquent alors qu'il imprime son billet lui-même. N'est-ce pas un peu injuste ?

On a un partenariat avec TicketCorner concernant la billetterie donc nous n'avons pas la maitrise sur tout. Mais dans notre contrat avec eux nous avons négocié à l’époque les frais les plus bas possible (5% pour le web, commission carte de crédit et frais d’émission compris) dans l'intérêt de nos spectateurs. Nous avions essayé à une époque d'avoir une solution maison pour la billetterie et ce fut une véritable catastrophe au point d'avoir deux personnes presque à plein temps uniquement pour gérer les problèmes. On a eu quelques rares problèmes aussi avec le système actuel mais absolument pas dans les mêmes proportions.

 

On a pas mal parlé des matchs contre le LHC et Fribourg avec toutes les restrictions et obligations pour avoir le droit d’obtenir un billet dans le secteur visiteur (impossibilité de se déplacer en privé). Etant donné la quasi absence de tout incident aux Vernets depuis 10 ans, ces mesures extrêmes étaient-elles vraiment nécessaire ?

Les cas d'incident sont rares, particulièrement aux Vernets, mais ils existent quand même et principalement lors des matchs à l’extérieur. Les déplacements ont parfois posé problème, il y a eu des croisements avec d’autres supporters sur les trajets ou aux abords des patinoires et des incidents ont éclatés. Cela nous a donc décidés à prendre ces mesures avec les autres clubs romands afin de protéger les fans qui nous suivent à l’extérieur. Je comprends que ça puisse déplaire à certains fans, mais le but c'est aussi de les protéger et d'éviter des débordements comme il y a peu en ville de Lausanne.

 

Justement, les problèmes n'ont pas été évités malgré ces mesures qui pénalisent tout le monde. Ça a même déplacé le problème dans des endroits imprévus ce qui les rend plus difficile à gérer non ?

Les personnes qui ont été impliquées dans ces incidents n’ont justement pas voulu respecter la procédure en place avec le déplacement organisé par le club. Ils ont voulu aller à Lausanne de manière indépendante, ce qui est leur droit, mais ils doivent aussi en assumer les conséquences. Nous, on veut éviter la radicalisation et permettre à tout le monde de se déplacer, car il y a des gens qui veulent suivre le club en toute sécurité. Nous cherchons aussi à protéger notre kop et lui éviter de se retrouver dans des embuscades et se voir infliger des peines qui vont les tenir à l’écart de leur sport. Par contre, nous ne sommes pas responsables de la politique sécuritaire qui est différente dans chaque canton à l’image des contrôles d'identité qui se pratiquent à Lausanne par exemple.

 

Mais indirectement vous y contribuez en passant ces accords, puisque vous collaborez avec ces clubs qui pratiquent des contrôles très intrusifs.

Nous souhaitons juste encadrer les déplacements afin de limiter le risque d’incident. Je précise aussi que les débordements entrainent des coûts importants aux clubs et que les déplacements organisés visent aussi à les réduire. Par contre, nous n’avons pas installé de borne de contrôle d'identité aux Vernets car nous n’en voyons pas la nécessité.

 

Comment se passent les relations entre le club et les IG ?

On est un des seuls clubs à entretenir un vrai dialogue avec nos supporters et notre kop. On n’est certes pas d'accord sur tout mais on se parle, on se concerte et c'est essentiel. C'était une volonté déjà en place avant mon arrivée et je tiens à la faire perdurer. Quand on peut les aider, on fait notre possible. Par exemple, nous trouvons toujours des solutions pour qu’ils puissent faire leurs tifos ou animations même si cela implique des adaptations. Ainsi, si il y a beaucoup de confettis ou déchets, on va trouver quelques bénévoles pour aider au nettoyage et ainsi permettre l'animation de la patinoire. On a aussi fait des travaux ou adaptation de leur secteur pour faciliter leur installation. On sait que le kop est très important pour le club et on n’aimerait surtout pas le perdre.

Il est vrai que le nouveau concordat de police a un peu crispé la situation avec l'impression pour les supporters que l’arsenal répressif s'est renforcé et que le dialogue est rompu. Il ne faut pas se voiler la face, la sécurité est politiquement un thème très porteur actuellement. Toutefois et cela malgré ce contexte, nous œuvrons à Genève afin que le dialogue ne soit pas rompu et cherchons à trouver des mesures pour apaiser le dialogue. Il est certes plus facile à Genève de parler de sécurité que de faire une nouvelle patinoire ou une traversée de la rade….

 

Comment faites-vous le comptage des spectateurs aux Vernets ? On a parfois l'impression que les chiffres sont un peu gonflés.

La difficulté aux Vernets vient du fait que nous n'avons pas de tourniquets. Il y a effectivement des lecteurs de codes-barres mais ils ne sont pas toujours d'une fiabilité absolue malheureusement. Donc on essaye de se baser sur ces comptages mais il y a souvent un lecteur qui bug et on doit alors faire une estimation entre le nombre de billets vendus et des abonnements et les chiffres de comptage.

 

Est-ce que vous entretenez de bonnes relations avec les différents médias ? Avez-vous l'impression que la couverture est suffisante ?

Je ne vais pas entrer dans le débat à propos de l'éventuelle partialité de la RTS à notre égard par exemple. Ce qui est certain c'est que nos rapports avec la presse principalement écrite sont bien meilleurs depuis quelques temps. Certains journalistes aimaient avoir le pouvoir d'influencer ce qui se passe dans le club, notamment la survie ou pas d'un entraineur. J'estime que ce n'est pas le travail de la presse. Ils peuvent être critiques avec le club, c'est leur liberté et je la respecte mais ils ne doivent pas pouvoir influer sur la vie du club. Il s’agit aussi d’une génération de journalistes un peu vieille école qui ont connu l'époque où les clubs étaient associatifs, désormais nous sommes une PME et une SA.

Mais notre communication ne passe de loin pas que par la presse. Nous sommes le seul club en Suisse qui participe tout au long de l'année à environ 150 événements hors des Vernets, c'est unique. On a une volonté très forte d'aller à la rencontre des Genevois et des communautés qui composent cette ville et région pour se rapprocher de notre public. Quand un joueur signe chez nous, il sait qu'il aura moins de temps qu'ailleurs pour jouer à la PlayStation ou travailler son tricot, il devra participer à des événements, c'est dans son contrat. C'est un travail hyper important, on ne remplit pas la patinoire en restant dans notre tour d'ivoire.

 

Toujours en matière de communication, le site internet, notamment à travers les vidéos, est moins actif qu'à une certaine époque. Est-ce un choix stratégique ou une contrainte budgétaire ?

On a beaucoup investi dans le nouveau site web, parce que l'ancien était vraiment dépassé. On a un peu baissé notre production vidéo, mais on a fait le choix de professionnaliser ce point donc cela a un coût. On veut faire autre chose que des vidéos filmées avec un iphone sur un coin de table. Ça peut se faire sur les réseaux sociaux comme Facebook mais pour notre site internet, on souhaite du contenu de qualité.

 

Depuis plusieurs années les gens sont déçus par l'offre de produits dérivés. On attendait beaucoup du changement de fournisseur mais les progrès tardent à venir. Comment expliquez-vous ce désastre alors que la demande est là ?

Je refuse catégoriquement le terme de désastre pour la simple raison que lorsque je suis arrivé il y a 4 ans le merchandising faisait perdre de l'argent au club! Tout gérer à l'interne est une bonne chose, encore faut-il avoir les compétences pour. On a fait les erreurs de débutant classiques en faisant des commandes en Chine pour économiser mais il fallait commander des gros volumes et nous avons eu beaucoup d'invendus. Le merchandising, tout comme la billetterie est un véritable métier et nous n'avions pas ces compétences à l'interne donc nous avons fait le choix de la sous-traitance à un professionnel du secteur. Il faut bien se rendre compte que c'est très complexe, notamment dans la gestion des stocks.

On vient de terminer un contrat avec une entreprise locale. L'offre de produit n'était pas entièrement satisfaisante, mais on a au moins assaini la situation et gagné un peu d'argent. Nous avons un nouveau contrat depuis cette saison avec Interhockey qui a mis du temps à se mettre en place et nous en assumons la responsabilité, mais l'assortiment depuis quelques semaines s'est nettement amélioré et continuera de l'être. L'amélioration de la plateforme de vente sur le web est désormais notre priorité, on y travaille beaucoup.

 

Cela pourrait-il devenir une source importante de revenus ?

Le merchandising est actuellement notre quatrième source de revenus mais reste encore une petite activité en termes contributifs au budget du club. Nous y travaillons. Elle est aussi énormément perçue comme un service à nos fans.

 

C'est un domaine dans lequel on pourrait demander plus systématiquement l'avis des fans pour le design de nouveaux produits.

On l'a fait dans le passé sur Facebook avec passablement de réponses. Il faut savoir que cette démarche est abandonnée par les grands clubs pros notamment en football car elle ne donne pas les résultats escomptés.

Ce qu'on aimerait mettre en place ce sont des « focus groups » sur différents thèmes afin d'avoir des retours de la part de notre public. Le but serait de nous améliorer grâce à ces groupes dans un maximum de domaines.

 

Quand comptez-vous les mettre en place ?

Nous avons initié récemment ce processus et nous comptons les mettre en place afin d’avoir les premier retours durant l'été et de pouvoir travailler sur les points à améliorer pour la nouvelle saison. Il faut savoir que changer des choses en cours de saison est parfois compliqué en fonction des contrats et accords signés.

 

Comment comptez-vous recruter ces gens ?

Nous allons d’abord commencer par réaliser des sondages puis nous allons faire appel à des volontaires représentant différentes typologies de spectateurs. Le but est de trouver des gens qui seront prêt à nous faire des retours régulièrement et remplir des questionnaires. Cela sera fait de manière bénévole pour ne pas fausser la relation et les résultats.

 

Abordons enfin ce sujet récurrent qui intéresse tout le monde : la nouvelle patinoire. Tout simplement, où en est-on ?

C'est compliqué ! On a vécu une vraie traversée du désert depuis l’éviction de Mark Müller jusqu'à l'élection récente du nouveau Conseil d'Etat. C'était une période très frustrante car il ne se passait rien, au point qu'on ne savait même pas avec qui parler. Pour rappel, nous avons signé des accords avec l'Etat et la Ville en 2010 qui incluaient la réalisation d’une patinoire pour le 1er septembre 2015. A cette époque on était le premier club en Suisse à avoir initié les démarches avec les autorités pour renouveler les infrastructures, c'était même avant les changements de normes de la ligue.

Il a fallu presque 2 ans pour choisir le site de Trèfle-Blanc car tous les services imaginables de l’Etat étaient impliqués et nous n'étions qu'observateurs. On aurait fondamentalement préféré rester aux Vernets mais c'était, selon les services de l'Etat, impossible. On a accepté cette décision mais on les a tout de suite mis en garde sur le fait qu'ils ne maitrisaient pas tout le foncier et qu'il y avait deux parcelles détenues par un privé. On nous a répondu de ne pas nous inquiéter et que pendant qu'ils réglaient cela, le club devait se charger de monter un projet viable incluant les aspects architecturaux et le montage financier.

La réalité, c’est que pendant que nous faisions notre travail, rien n'a été fait du côté de l'Etat car le dossier n'était clairement pas prioritaire pour les personnes en charge du dossier.

On est arrivé avec notre projet début 2013 en respectant les délais et contraintes qu'on nous avait fixées. Notamment qu'il ne fallait pas une arène multifonctionnel pour ne pas concurrencer l'Arena. Qu'il fallait que la glace soit disponible la journée pour le patinage public et la communauté etc. Du coup avec si peu de revenus envisageables hors match de hockey, l'infrastructure allait coûter des millions aux collectivités par an et ça a fait froncer les sourcils du côté des politiques surtout dans le contexte budgétaire actuel.

Ce rapport est parti au fond des tiroirs jusqu’à récemment (rentrée 2014). Nous avons dû alors mettre la pression pour que ça bouge un peu avec la constitution d’un nouveau groupe de travail au niveau de l’Etat. Il a été nécessaire de faire comprendre qu'on reprendrait notre droit de parole et on dirait clairement ce qui ne va pas. On veut bien jouer fair-play mais il faut que chacun tienne ses engagements.

Mais, comme vous le savez, tout projet à Genève est compliqué au contrario de ce que l’on voit dans d'autres villes comme Lausanne ou Fribourg qui avancent à pas de charge sur leurs projets respectifs.

Il y a un mois, les autorités sont enfin venues avec un retour sur notre projet et ont posé des questions et nous allons revoir certains aspects de notre copie initiale. Il ne s'agit pas d'un redimensionnement comme il a été annoncé dans la presse, nous voulons toujours 10'000 places. C’est plutôt de revoir le concept architectural et les coûts de construction qui en découlent. Le but est donc de garder la même capacité avec des coûts moindres, notamment en réduisant l'emprise du bâtiment. Notre premier projet était très évasé, là on se dirige vers quelque chose de beaucoup plus plongeant sur la glace avec une très grande proximité du public avec la surface de jeu. Pour ce faire, on devra faire une patinoire à plusieurs niveaux car c'est nettement moins cher et plus compact.

L'objectif aujourd'hui est de valider pour fin mars 2015 un projet qui est viable pour toutes les parties, tant pour le financement que pour l'exploitation.

Donc, de notre côté, on va faire notre boulot et on aura un plan pour cette date avec un projet qui tient la route et avec des financements derrière nous. De l'autre côté, il faudra que les autorités fassent leur boulot, sinon on va vers une gigantesque catastrophe!

 

Une nouvelle patinoire permettrait-elle vraiment de passer à la vitesse supérieure en terme de budget et donc de résultats?

Oh oui ! On n’a pas tous les détails mais on a au minimum 6 clubs, probablement 7, avec un budget sportif plus important que nous dans la ligue. Il est donc clair qu'il faudra un modèle d’affaire et de gestion qui fonctionne, car le but n’est pas que les nouvelles recettes potentielles passent intégralement dans le prix de location de l'enceinte. Nous n’aurions alors rien gagné dans cette affaire sauf la mise en conformité aux normes de la Ligue.

 

Si vous deviez donner une date réaliste pour une inauguration, quelle serait-elle ?

Septembre 2020 ! C'est réaliste avec les différents délais de recours et autres. 2019 serait faisable mais il faudrait que tout se passe parfaitement donc cela parait peu probable. Ça veut dire qu'on va devoir rester encore passablement de temps aux Vernets ce qui n'est pas sans poser problème vis-à-vis des exigences de la ligue.

 

Justement, quels sont les points qui posent problèmes aux Vernets par rapport à ces exigences ?

Beaucoup. En voici quelques-uns :

-Les sanitaires ne sont pas en nombre suffisants.

-Les séparations entre les différents secteurs doivent être assurées, notamment entre les places debout et assises qui doivent avoir des coursives, buvettes et sanitaires séparés. Ça ne nous plait pas forcément mais ce n'est pas nous qui faisons ces règles imposées par des normes de sécurité.

-Au niveau de la sécurité justement, on doit être équipé de tourniquets aux entrées et d'un certain nombre de contrôles vidéo.

-Le vestiaire et les locaux techniques pour le club et l'équipe adverse sont beaucoup trop petits.

-Tout ce qui touche à l'accueil de la presse, production TV, etc. n’est absolument pas aux normes non plus.

On a du remplir tout un dossier pour la ligue en détaillant les équipements existants versus les exigences qui seront déjà valides, je le rappelle, pour la saison prochaine. Tout ce qu'on peut obtenir c'est des dérogations si on a un projet bien avancé et ça ne sera pas notre cas contrairement à presque toutes les autres équipes. Il va falloir alors négocier avec la ligue...

 

Mais y a-t-il sérieusement un risque de relégation administrative ? La ligue veut-elle vraiment sacrifier un club populaire et qui fonctionne bien ?

Probablement pas ! On va s'asseoir avec eux, négocier et discuter en bonne intelligence. On n’imagine pas disparaitre et on va se battre et trouver des solutions constructives et raisonnables avec la ligue et les autorités afin de gérer cette période de transition et éviter l’annonce de notre relégation sur le tapis vert. Pour ce faire, il faudra que les choses bougent du côté du Conseil d’Etat parce que la ligue ne fera pas preuve d’une patience éternelle. Par contre, on risquera certainement des amendes pour non-respect des normes et on devra faire des mises en conformité aux Vernets, et cela va engendrer des discussions pénibles car tout le monde va se rejeter la responsabilité. A la fin, c'est de l'argent qui devra être inutilement dépensé et qu'on ne pourra pas investir dans l'équipe.

 

Sans entrer dans tous les détails architecturaux, pouvez-vous nous décrire un peu cette potentielle nouvelle patinoire ? Des places debout sont prévues ?

On imagine 3000 places debout minimum, c'est un peu l'âme du hockey suisse par rapport à l’Amérique du Nord. On tient vraiment à cette ambiance et ce côté populaire.

On ne souhaite d'ailleurs pas dans notre projet augmenter les prix des places populaires; cela serait une grosse erreur. Notre ambition est d'avoir un secteur VIP important afin de générer les revenus qui nous permettront de pérenniser le club mais surtout de garantir à la population genevoise des places de qualité à des tarifs attractifs et un secteur de places debout en nombre et très accessible à tous.

 

Quels sont les autres projets d'avenir pour le club ?

On s'investit passablement dans les nouvelles compétitions que sont la CHL et la Coupe Suisse. On croit en ces projets et on l'a prouvé en jouant le jeu à fond. On espère pouvoir rejouer la CHL si nos résultats le permettent.

Mais vous savez que le mode de qualification pour la CHL est très particulier avec un petit groupe de nantis (actionnaires) qualifiés d'office qui ont organisé cela sous le manteau. On était extrêmement fâché avec ce procédé au point de vouloir faire opposition au projet. On y a renoncé car on souhaite vraiment qu'une compétition européenne prenne son envol, mais la méthode laisse à désirer et le processus doit être revu au sein de la ligue et avec les organisateurs.

Nos autres projets sont de continuer à nous améliorer chaque jour dans nos différents domaines d’activité à l’image de notre démarche de concertation avec notre public et nos supporters.

 

En conclusion, est-ce que vous lisez parfois 1905.ch ? Appréciez-vous ? Avez-vous été blessé par une critique une fois ?

Je lis souvent votre site, j'aime beaucoup les caricatures BD et les notations avec les bières. Il a un ton un peu insolent, ce qui est votre vocation, mais vous êtes le seul site relatif au hockey que je lis régulièrement et qui me fait bien rire. Des fois, vous pouvez être sévère avec nous, et c'est votre liberté, mais c'est toujours fait avec un bon état d'esprit. On sent, dans tout ce que vous écrivez, que cela transpire un énorme amour pour le club.

Au bureau on n’a jamais été blessé non. On respecte votre liberté d'expression, et quand vous nous critiquez, ce n'est jamais bête ou destructeur.

 

Merci pour cette longue interview ! Un petit mot pour conclure ?

Longue vie à 1905.ch et allons chercher ensemble ce titre !