Le site non-officiel et déjanté du Genève-Servette Hockey Club
  • Les Bières
  • Les enflures
  • Forum
  • 19.03.2019
    PostFinance Arena
    4-3AP
  • 21.03.2019
    Les Vernets
    2-3AP

Didier Massy : "Personne ne connaît la couleur du règlement"

Date de l'interview
Vendredi, Décembre 14, 2012

Eh oui, la surprise tant attendue pour ce jour de Noël n'est autre que l'interview de Didier Massy, cet arbitre qu'on se plait tant à détester. Un long entretien de 50 minutes qui ne convaincra peut-être pas tout le monde mais qui a au moins le mérite d'être franc. Et en ce sens, nous ne pouvons que le remercier d'avoir bien voulu répondre à nos questions.

 

Comment décide-t-on de devenir arbitre ?

 

C’était un peu sur un coup de tête. J’avais tendance, en tant que joueur, à ne pas toujours être d’accord avec les arbitres. Je me suis demandé s’ils étaient nuls ou si c’est moi qui était trop exigent. Du coup, je me suis dit que j’allais essayer. J’ai donc commencé les cours tout en bas et j’ai commencé à arbitrer en 4ème ligue, les juniors, les filles, etc. Ca m’a pas mal plu. Mais c’est parti sur un coup de tête. C’était pour découvrir quelque chose d’autre que je n’avais pas encore fait en hockey puisque j’ai été entraîneur et joueur mais il me manquait cet aspect là et je me suis dis, pourquoi pas essayer. C’était un peu une manière de leur donner quelque chose en retour… Sans arbitre il n’y a pas de matches.

 

Pourquoi arbitre plutôt que coach, par exemple ?

 

Parce que j’aime bien être sur la glace, l’activité physique et être en contact avec les joueurs. Coach, ça sera peut-être pour plus tard quand je serais plus vieux. Il y a des gens qui sont faits pour être coach. Je ne dis pas que je ne le suis pas puisque je l’ai été avec des résultats pas trop mauvais mais pour le moment j’aime encore bien être sur la glace. Un jour ou l’autre, il faudra bien que ça s’arrête et peut-être que je ferais coach ou alors j’arrêterai complètement, je ne sais pas encore.

 

Faire un métier où l’on sait qu’on va se faire insulter et siffler à chaque sortie, ce n’est pas un peu masochiste ?

 

Ca ne me dérange pas trop parce que, quand j’étais joueur, les spectateurs des équipes adverses ne m’aimaient pas tant. Je n’étais pas un joueur très gentil donc je me suis fait critiquer toute ma carrière. Dès le moment où quelqu’un ne vous aime pas, c’est que vous faites votre boulot, que vous existez. Si un joueur est tout lisse sur la glace et ne suscite pas de réaction, c’est peut-être qu’il manque un peu d’agressivité. En tant qu’arbitre, on n’a jamais de matches à la maison. On joue toujours à l’extérieur. Quand j’étais joueur je n’étais pas trop aimé durant les matches à l’extérieur et maintenant c’est à tous les matches que je ne suis pas trop aimé. On ne peut pas prendre des décisions qui plaisent à tout le monde sur la glace. Chaque décision qu’on prend, on la prend "au détriment" d’une équipe. L’équipe qui va se retrouver en infériorité ne sera pas contente. Les gens oublient souvent de se mettre à la place de l’autre équipe et devraient se demander si c’était le contraire, est-ce qu’on aurait aimé que l’arbitre siffle cette pénalité. Et très souvent, ils se rendent compte que si c’était l’autre joueur qui avait fait la même faute, on aurait bien voulu que l’arbitre siffle aussi. Et le cas est réglé. Les arbitres sont un mal nécessaire.

 

Pensez-vous que votre passé de joueur vous aide dans votre façon d’aborder un match ?

 

Oui, les joueurs viennent souvent vers moi en sachant que j’ai vécu ce qu’ils vivent. J’ai eu cette frustration, j’ai eu ce sentiment d’être attrapé par l’arbitre pour une pénalité et d’être frustré. Je sais ce que c’est, je l’ai vécu. Même si ce n’était pas à la même époque, les sacrifices sont les mêmes. Ensuite, le fait d’avoir été un joueur qui n’était pas très tendre me permet peut-être d’anticiper certaines fautes que d’autres ne voient pas parce que je m’attends à ce qu’ils la fassent, étant donné que si j’avais été à leur place je l'aurais faite aussi. Il y a la lecture du jeu, le fait d’avoir été joueur qui aide énormément. Ensuite les capacités de patinage aident. Et le contact est plus facile avec les joueurs, les entraîneurs et les managers vu que je les connais en partie déjà de par mon passé de joueur. Tout ça aide pas mal mais au final la décision il faut la prendre, il faut être solide sur la glace et faire son boulot. Au début, le nom peut aider à arriver à un tel niveau mais après, pour y rester, il faut faire quelque chose en retour, faire son boulot.

 

Votre ascension rapide dans le monde de l’arbitrage a beaucoup fait parler. Comment l’expliquez-vous ?

 

Les gens étaient un peu surpris au début puis ils se sont rendu compte que le boulot que je faisais sur la glace n’était pas si mal que ça et j’ai été accepté. J’ai rencontré très peu de problème avec les arbitres au niveau national. Au contraire, les gens étaient plutôt positifs au fait de voir d’anciens joueurs faire ce job. Ca permet aussi de rendre le boulot d’arbitres un peu plus connu. C’est clair qu’au début, ça a un peu jasé mais ça a été assez vite réglé.

 

On a vu récemment des arbitres de football démissionner en raison de leurs mauvaises conditions de travail et du manque de soutien de la Ligue. Au hockey, les arbitres ont-ils à se plaindre ?

 

On a des conditions qui sont correctes mais elles l’étaient un peu moins il y a trois ans en arrière. Ca a été revu et corrigé, que ce soit à propos des conditions financières pour les amateurs ou du respect. Je crois qu’il y a des plus qui ont été apportés par rapport au comportement de certains coachs par exemple. Je dois dire qu’on est protégés. Je peux comprendre que les arbitres de foot puissent se rebeller s’ils ne se sentent pas en sécurité. Nous, par contre, on est soutenus par notre direction. Il y a des décisions qui ont été prises comme je le disais. Ca permet de mettre un peu d’ordre. Ce sont des décisions qui peuvent paraître anodines pour le commun des mortels mais elles nous ont rendu service. Sinon on n’a aucun problème. Du moment qu’un arbitre se fait agresser ou quoi que ce soit, les pénalités tombent derrière de manière assez correcte et dure donc on sent qu’on est soutenus et les joueurs le sentent aussi. Ils restent tranquilles.

 

Que diriez-vous à un jeune pour le convaincre de devenir arbitre ?

 

La première chose que je lui dirais c’est de faire d’abord joueur parce que le hockey c’est avant tout jouer. S’il estime qu’il n’y arrivera pas comme joueur, parce que tout le monde ne peux pas y arriver bien évidemment, qu’il essaie arbitre parce que je pense que cette carrière d’arbitre peut ouvrir de sacrées portes. Je pense notamment à des championnats du monde et de Jeux Olympiques. Il y a des tas de choses qui peuvent être faites au niveau sportif en étant arbitres. Il ne faut pas dénigrer l’arbitrage, ça peut permettre de donner une carrière à certains qu’ils n’auraient jamais eue en tant que joueurs. Donc allez-y, lancez-vous et si ça vous plait investissez-vous à fond là-dedans et un jour vous en récolterez les fruits. Je pars pour les championnats du monde des U20 en Russie. Ce sont des choses qu’on peut faire, des voyages qu’on n’aurait jamais eu l’occasion de faire si on n’avait pas fait l’arbitrage. Ca vaut la peine. Tout le monde n’y arrivera pas mais ça vaut la peine de tenter l’expérience.

 

Vous avez joué 6 saisons à Lugano, remportant au passage deux titres de champion suisse. Comment est-il possible d’être impartial lorsque vous arbitrez cette équipe ?

 

Je n’ai pas de problème avec ça. D’abord tous les joueurs n’y étaient pas quand j’y étais et c’est vrai qu’au début certains avaient peut-être imaginé que j’allais leur donner un coup de main. Je crois d’ailleurs que la patinoire où je suis le moins bien accueilli c’est Lugano parce que les gens pensaient que j’allais siffler en leur faveur mais ce n’est pas le cas. Mais les années ont passé, il n’y a plus trop de problèmes, c’était en 93. J’arbitre Davos et j’ai joué à Davos, j’ai aussi arbitré Sierre en ayant joué à Sierre donc voilà… De toute façon, si j’arbitrai en faveur d’une équipe ça se verrait de manière évidente et ce serait assez grossier de ma part. De toute façon, quand on donne une pénalité, la plupart du temps on ne sait même pas à qui on la donne. On lève le bras parce qu’on voit une faute et après on repère le joueur et on donne la pénalité. Je ne suis pas là pour favoriser une équipe. Il faut essayer d’avoir une ligne qui soit juste pour les deux équipes et s’y tenir même si ce n’est pas toujours facile. On essaie de faire de notre mieux, tout comme les joueurs. Mais eux aussi loupent parfois le but vide ou font des mauvaises passes….

 

En parlant du HC Sierre, que vous inspire la situation actuelle du club ?

 

Ca fait mal au cœur d’autant plus que les gens qui le dirigent sont des amis à moi. Il y a des hauts et des bas dans les clubs. On peut le voir avec d’autres équipes. Il faut essayer de repartir sur de bonnes bases mais là ce n’est pas évident. Il va falloir s’en sortir assez rapidement si on ne veut pas qu’il soit déclaré en faillite et retomber dans les ligues inférieures. Ca ne sera pas évident mais quand je suis allé à la patinoire l’autre jour quand tout le monde pouvait venir au match gratuitement, j’ai vu tout ces petits du mouvement juniors avec le pull du club… Si ce n’est pas pour les grands, c’est au moins pour eux qu’il faut se battre et essayer de sortir le club de ses problèmes financiers.

 

Etes-vous conscient que votre rôle de consultant à la TSR vous expose encore un peu plus à la critique ?

 

Non, parce que depuis que j’ai commencé l’arbitrage, j’ai arrêté d’être consultant au niveau des clubs. Il est difficile pour moi d’être consultant sur un match de Fribourg-Genève et dire que Fribourg joue bien parce que le mardi je vais les arbitrer. De toute façon, quand je suis à Fribourg, je suis pro-Genève et quand je suis à Genève, je suis pro-Fribourg. Ce sont des remarques faciles mais bon si ça peut leur faire plaisir ça ne me dérange pas trop. Par contre, je peux être consultant pour l’équipe nationale vu que ça touche tout le monde. Je crois dire les choses telles qu’elles sont. Je ne vais pas dire que tel ou tel joueur joue mal si au contraire on voit qu’il joue bien. On essaie d’expliquer les choses aux gens. Quand je suis à la télé, j’essaie de faire le hockey pour les nuls parce que le gars qui connait le hockey n’a pas besoin de moi.

 

On sait que le métier d’arbitre est difficile, mais quand on entre sur la glace, on se doit d’être irréprochable et impartial, juste ?

 

Oui bien sûr, c’est un peu le but d’être le plus juste et le plus impartial possible. Mais on fait appel à un jugement et ça peut parfois être interprété de manière différente. Il peut sembler qu’on soit plus pour ou plus contre une équipe mais ce n’est pas du tout le but. On rentre sur la glace en essayant d’être le plus juste possible et faire notre boulot le mieux possible tout comme les joueurs entrent sur la glace pour essayer de gagner leur match. On se doit de ne pas être pour ou contre une équipe bien évidemment. De toute façon, ça se voit si l’arbitre entre sur la glace en étant pertinemment contre une équipe.

 

Les supporters genevois vous reprochent de régulièrement siffler contre le GSHC, qu’avez-vous à leur répondre ?

 

Je peux simplement dire que les Fribourgeois disent la même chose, que les Bernois disent la même chose, etc. Il faut qu’ils analysent les choses. C’est comme je le disais tout à l’heure, il faut qu’ils essaient de voir la faute, voir ce qu'il se passe et se demander si c’était l’autre joueur qui avait fait ça est-ce que j’aurais voulu qu’il le siffle aussi ? Et tout d’un coup, la réflexion change. Il arrive aussi que le joueur tombe tout seul et que le public réclame une pénalité. Ca se passe à Genève, ça se passe à Fribourg et ça se passe ailleurs aussi. C’est rigolo. Ce qu’il faut, c’est ne pas tenir compte de l’avis des gens. C’est clair que si on réagit et qu’on met une pénalité parce que les gens commencent à gueuler, on en finit plus. A partir de là, je ne pense pas être contre les Genevois. On m’a même dit que j’étais contre Goran. Ce sont des choses qui se disent parce qu’ils sont supporters, ils vivent le match, il y a de l’émotion et parce que c’est facile de critiquer l’arbitre. Mais c’est comme ça partout. Ca ne me dérange pas.

 

On pense souvent que la pression du public local peut influencer les décisions de l’arbitre, juste ?

 

La décision de mettre une pénalité, on la prend souvent avant même que les gens se rendent compte qu’il y a une pénalité. Pas toujours mais souvent le bras se lève en même temps que les gens commencent à réclamer. Est-ce qu’il y a peut-être des arbitres qui se laissent un peu plus influencer ? Il faut dire que sur certaines pénalités, on prend un petit moment de réflexion. On prend la petite seconde en plus qui permet de se dire que le geste mérite une pénalité. Les gens ont peut-être déjà réagi alors ça peut mettre un petit peu la pression. Il y a des décisions qui sont prises vraiment instinctivement et d’autres qui demandent un peu plus de réflexion mais il ne faut pas croire que c’est parce que les gens gueulent que les arbitres mettent la pénalité. Je l’espère en tout cas.

 

D’autres pensent que les arbitres sont généralement impartiaux mais brillent par leur incompétence. Votre avis là-dessus ?

 

Les gars qui sont sur la glace, ils se donnent au maximum. On pense que les gens sont incompétents mais les décisions sont justes. Et simplement comme les gens ne connaissent pas le règlement… Demandez à n’importe quel joueur ou supporter de quelle couleur est le règlement de hockey, il n'y a personne qui vous le dira… Personne ne le sait, personne ne l’a vu. C’est facile. Comment peut-on traiter quelqu’un d’incompétent si on ne connait pas les règles du jeu et qu’on n’a jamais ouvert le livre des règles ? On est incompétent si on prend une décision fausse par rapport au règlement qui existe. Je trouve ça un peu malhonnête. C’est comme si j’arrivais sur votre place de travail et que je disais que vous êtes incompétente, vous me diriez sûrement que je ne sais même pas ce que je dois faire. Et je vous dirais : bah, je m’en fous vous êtes incompétente… C’est exactement ça, les spectateurs. Ils s’en foutent… Ils vous disent que vous êtes incompétents sans savoir pourquoi et en disant que vous sifflez que contre Genève. Et si on sifflait que pour Genève, on serait supers… On ne peut pas arbitrer comme ça. Si un arbitre professionnel vient vers moi et me dit "Didier ce soir t’as pas été compétent", là je dis "Ok, je n’ai pas été brillant, je n’ai pas pris les bonnes décisions, je reconnais que je n’ai pas été bon". Mais quand un supporter lambda vient me dire que je ne suis pas compétent, je suis mort de rire. Il y a certains supporters qui analysent les choses, qui réfléchissent et qui ont un peu de recul mais certains ne vivent qu’avec les émotions. J’ai toujours dit qu’en tant que joueurs et arbitres on faisait du social. On permet à des gens de s’exprimer de manière assez forte à la patinoire, ce qui permet par la suite à leur épouse de ne pas les entendre crier à la maison.

 

Es-tu sensible à ces critiques ?

 

Aux critiques des supporters et de la presse aucunement. Si ça vient de mes supérieurs ou de gens du métier, oui, c’est clair. On en discute et on revoit certaines séquences à la vidéo. Ca peut arriver qu’on ne soit pas d’accord parce qu’on n’avait pas le même angle de vue ou parce que j’avais des joueurs devant moi. Les gens voient les choses depuis en haut, il ne faut pas oublier qu’on est à la hauteur de la glace et des fois il suffit qu’un joueur passe devant vous au moment ou un autre joueur met le coup de canne, toute la patinoire a vu le coup de canne, mais pas l’arbitre. Et ça, tous les gens ne peuvent pas analyser et n’y pensent pas parce qu’ils ne l’ont jamais vécu, mais on vous traite d’incompétent. Si la critique est constructive et amène quelque chose, on peut en parler mais si c’est juste dire que vous êtes nul parce que vous êtes nul, ça ne m’intéresse pas.

 

Comment vit-on en tant que romand dans une ligue majoritairement suisse-allemande ?

 

On parle l’allemand, tout simplement. Les cours sont beaucoup donnés en allemand. On parle aussi l’anglais entre nous. J’ai la chance de me débrouiller dans les quatre langues donc je m’adapte en fonction de qui j’ai en face de moi. Mais c’est clair que celui qui ne parle ni anglais, ni allemand est un peu mal barré. Mais c’est une bonne opportunité d’apprendre une langue.

 

L’arbitrage à 4 est-il vraiment un plus ?

 

Oh oui, il n’y a pas de miracle. Ca va trop vite. Les joueurs sont de plus en plus rapides et de plus en plus forts. Les charges sont de plus en plus appuyées. Je ne peux pas être en fond de patinoire avec deux joueurs qui se tripotent et quand le puck part de l’autre côté devoir partir comme un avion de chasse et rattraper le puck. Le jour où je patinerai plus vite que le puck, ça se saura et je ne ferais pas arbitre. Ce n'est plus possible de tout voir à trois. L’année prochaine, il y aura 300-350 matches couverts à quatre. Je crois que les joueurs aiment mieux à quatre parce qu’ils estiment être mieux protégés. Certes, certaines pénalités qui passaient avant ne passeront plus mais je pense que les joueurs sont conscients que ça peut aussi être bénéfique pour leur santé. Donc le système à quatre, il faut absolument y venir le plus vite possible et abandonner le système à trois. Toutes les équipes autour de nous, dans les pays européens où je suis allé arbitrer, ont toutes un système à quatre et quand je leur dis qu’on est encore à trois, sachant le niveau qu’il y a chez nous, ils se demandent comment on fait.

 

On voit pourtant souvent les deux arbitres adopter une ligne de conduite clairement différente lors du même match, non ?

 

On essaie d’avoir la même ligne mais ce n’est pas toujours évident. On fait appel au jugement humain. Vous n’allez peut-être pas penser de la même manière que votre collègue de travail pour la même situation. Il arrive quelques fois qu’on ait des divergences mais on essaie toujours de voir quelle est la ligne de l’autre et de faire un entre deux pour pouvoir avoir une ligne qui tienne la route. Chacun doit s’adapter. Ce problème existe mais je pense qu’il va disparaître au fur et à mesure que les matches vont se succéder avec le système à quatre parce qu’on aura de plus en plus l’habitude d’arbitrer entre nous et on aura de plus en plus une ligne qui sera uniforme. Mais c’est un problème qu’il faut résoudre et c’est ce que s’efforcent de faire nos responsables.

 

Comment expliquer que certaines fautes soient sifflées par l’arbitre qui se trouve à l’opposé de l’action alors que celui qui est à 2m ne bronche pas ?

 

Tout simplement parce que celui qui est à deux mètres voit peut-être le dos du joueur alors que celui qui est à la ligne bleue voit le coup de canne qui est donné mais ce n’est pas important de savoir qui prend une décision. L’important c’est que s’il y a une faute, la pénalité soit sifflée. Mais ça arrive peu, ce n’est quand même pas la majorité des cas où ça se passe comme ça. Le but n’est pas de compter qui donne quoi mais ce qui est important c’est que s’il y a faute, il y a au moins un des deux qui l’a vu. C’est ça qui est important, le reste on s’en fout. S’il y a faute sur un joueur genevois, l’important n’est pas de savoir si c’est l’arbitre qui est à deux mètres ou celui à la ligne rouge qui a sifflé. L’important c’est que la faute soit sifflée on est d’accord ? Mais par contre si c’est la même chose sur un Fribourgeois ça vous dérange ? C’est un peu ça parfois…

 

Les juges de lignes renvoient régulièrement des joueurs des engagements, pourquoi ?

 

Simplement parce que l’engagement doit être fait d’une manière telle que personne ne peut prendre l’avantage en frappant la canne de l’adversaire par exemple. Les cannes doivent être posées et arrêtées et les joueurs doivent être en position. C’est toujours le joueur qui attaque qui doit poser sa canne en premier sur la glace et le puck est mis entre deux cannes immobiles. Si c’est un bordel pas possible et que l’engagement n’a pas donné autant de chances à tel ou tel joueur de le gagner, que c’est un joueur qui a pris l’avantage parce qu’il a donné un coup de canne alors on le change. Si les joueurs n’étaient pas dans la bonne position, on les change. Petit à petit ils comprennent. Sur un engagement, on peut gagner un match donc ce sont des moments de jeu importants. On dit toujours que si vous n’avez pas le puck, il faut déjà aller le chercher donc si vous gagnez l’engagement c’est déjà tout ça de pris. Les engagements dans la zone défensive sont extrêmement importants. Vous pouvez le gagner, un shoot et goal et vous gagnez ou perdez un match donc il faut faire respecter les règles. Et si le joueur prend la décision de ne pas respecter la règle, c’est de sa faute et pas celle de l’arbitre, c’est lui qui prend la décision de le faire.

 

Ils ne pourraient pas lâcher le puck plus rapidement pour éviter ça ?

 

Ca c’est personnel. C’est un rythme, on siffle, on s’approche du joueur, on parle et parfois on y arrive pas parce qu’il y a toujours la canne qui bouge ou qui se positionne mal. Regardez une fois pourquoi l’arbitre ne lâche pas le puck et vous verrez que les cannes ne sont souvent pas sur la glace ou qu’un joueur est en train de tapoter la canne de l’autre, etc. Donc il ne peut pas donner le puck.

 

Chris McSorley est-il réellement si ingérable que décrit par la presse ?

 

Chris est une personne que je respecte beaucoup parce que c’est peut-être un des coachs qui connaît le mieux le règlement. C’est quelqu’un qui s’intéresse aux règles et qui est pertinent dans ses analyses. Il a parfois des coups de chaleur. J’avais les mêmes quand j’étais coach mais le problème c’est qu’aujourd’hui on ne les tolère plus du tout. Mais c’est vrai que des fois il le fait et il sait très bien pourquoi il le fait parce que c’est une tactique aussi. C’est quelqu’un qui est vivant, qui se donne à 100%. Si vous croisez Chris avant ou après le match ce n’est plus du tout la même personne que vous avez eu pendant deux heures sur la patinoire. Mais il n’est pas toujours en train de réclamer pour qu’on siffle pour Servette, il sait très bien qu’on ne peut pas le faire, mais il estime parfois qu’on ne siffle pas de manière correcte ou de manière équitable pour les deux équipes. Il voit ça et ressent les choses et après il le réclame. Moi je n’ai jamais eu de problème avec lui par rapport à son attitude. De temps en temps c’est vrai qu’il réclame un peu mais ça fait aussi partie du hockey. Il faut juste que ça ne dépasse pas les bornes des limites. C’est quelqu’un qui est entier et qui fait son job, qui défend ses intérêts. Il défend son club, ses joueurs et c’est normal. Il ne peut pas toujours dire oui à toutes les décisions qu’on prend. Mais la question c’est jusqu’à quel point on doit tolérer ça. C’est à nous de trouver la juste limite entre la frustration et le fait qu’il n’a peut-être pas tout tort quand il réclame. Ca peut arriver, il m’a déjà dit de revoir une pénalité que j’avais mise en disant qu’il n’était pas sur que ça en valait une. J’ai regardé la vidéo et le match suivant je suis arrivé et je lui ai dit qu’il avait raison. Ca peut dépendre de l’angle qu’on a au moment de la pénalité. Il ne vient pas toujours pour gueuler, il vient aussi pour discuter. C’est d’ailleurs un des seuls coachs qui vient systématiquement dans les vestiaires 20 minutes après la fin du match. Et parfois simplement pour dire qu’on a fait du bon travail, merci beaucoup. Il faut le reconnaître, on est très bien reçus à Genève, on a un accueil qui est magnifique et je peux vous assurer que ce n’est pas partout le cas. Le seul défaut, ce sont les kilomètres qu’on doit parcourir pour aller aux vestiaires et ça c’est un peu parce que Chris était trop véhément autour des vestiaires des arbitres quand ils se trouvaient trop près des vestiaires de Genève. Mais c’est quelqu’un que je j’apprécie beaucoup parce qu’il est critique, mais aussi envers ses propres joueurs et sa propre ligne.

 

Regardez-vous le match que vous avez arbitré pour faire votre auto-critique ?

 

Oui, certaines séquences. J’essaie de me souvenir pendant le match de certains moments où je ne suis pas très sûr de ce qui s'est passé ou que je n’ai pas bien vu l’action. Des fois, je vois que je me suis trompé, des fois je suis content de mes choix et des fois j’aurais pu faire autrement mais ça va vite. Il faut se mettre une fois au niveau de la glace et voir comment les choses se déroulent. Vous prenez des centaines de décisions pendant un match.  Que ce soit de donner une pénalité ou de ne pas la donner, de se placer à tel ou tel endroit, etc. Il y a un nombre incroyable de décisions qui sont prises ou pas prises justement et ce n’est pas toujours évident. Il est possible qu’une ou deux d’entre elles aient pu être différentes. Mais est-ce que le GSHC a réellement une fois perdu juste à cause d’un arbitre ? Je n’en suis pas trop sûr. Je n’ai jamais eu un entraîneur qui m’a dit qu'il avait perdu un match à cause de moi.

 

Comment se passe votre relation avec les joueurs sur la glace ?

 

On a beaucoup de discussions avec les joueurs, des petits mots. Je parle beaucoup avec eux. On n’a pas tellement le droit de parler avec eux donc on se dit des petits trucs en passant mais on n’a pas le droit de tenir des grandes thèses. On n’a pas beaucoup de temps, mais on a un bon contact. On discute parfois un peu avant le match. Les compteurs sont souvent remis à zéro après chaque match. On ne revient pas sur telle ou telle décision et ils savent qu’ils n’ont pas le droit de le faire donc ça limite. Les discussions sont toujours très amicales.

 

Pensez-vous que la solution du juge unique soit vraiment la bonne ?

 

C’est une bonne chose. C’est clair que ce n’est pas toujours facile quand il y a une décision qui est prise contre nous mais si vous faites un collège de juges et qu’il faut les rassembler à chaque fois, ça prendrait beaucoup plus de temps pour que les décisions soient prises et ce n’est pas possible. Mais les décisions qu’il prend sont en adéquation avec ce qui se passe, pour preuve la fameuse histoire de Friedli et Gerber. Je pense qu’il a pris la bonne décision. Il y a quelqu’un qui doit décider, c’est lui qui le fait, tout le monde a accepté ce principe même si des fois on n’est pas du même avis que lui, mais ça permet une certaine rapidité dans la prise de décision. Surtout quand on arrive dans les fins de championnat ou en playoffs et que vous avez 24 heures entre deux matches pour décider de quelque chose. Si vous devez à chaque fois réunir trois ou quatre personnes, ça prend trop de temps. C’est une bonne chose et il est assez intéressé, il est passionné de hockey. Il va voir beaucoup de matches. Toutes les décisions qu’il prend, il les prend dans le but d’éviter que les joueurs soient blessés par des maladroits ou des joueurs qui ont un excès d’agressivité.

 

Ne vaudrait-il pas mieux que celui qui porte une telle responsabilité ait un jour joué au hockey ?

 

Je pense qu’il pourrait être consulté mais il faut un juriste parce qu’il faut des hommes de loi pour prendre les décisions car il faut que ça soit conforme à la manière de faire. Mais dans certains cas, ça pourrait rendre service d’avoir l’avis de quelqu’un qui a joué au hockey. Surtout pour les fautes moins flagrantes mais je pense qu’il ne se débrouille pas si mal que ça.

 

Le dernier interviewé était Rivera et il a une question pour vous : « Est-ce que vous seriez d’accord de venir vous entrainer avec le GSHC avec l’équipement complet ? »

 

Si je blesse un joueur, on va dire que je l’ai fait exprès. Oui, je serais d’accord parce que je joue toujours mais ce n’est pas possible. Je ne peux pas aller m’entrainer avec le GSHC et être arbitre en ligue nationale. Mais ça aurait été un joli défi. J’aime bien Rivera, c’est un joueur qui est vivant sur la glace. Il est très sympathique. Il fait partie des joueurs qui amènent un peu de vie sur la glace. Ca aurait été avec plaisir.