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Roland Gerber : "Je préfère détruire le jeu de l'adversaire que de faire le beau jeu"

Date de l'interview
Mercredi, Octobre 28, 2015

Aux Vernets depuis 2011, Roland Gerber est un personnsage discret à qui la parole n'est pas souvent donnée. On le lui a donc donnée et on a plutôt bien fait.

 

Connais-tu 1905.ch ?

 

J'en ai entendu parler mais je ne suis jamais allé voir votre site.

 

Au moins deux de nos rédacteurs sont fous amoureux de toi. Tu as un message à adresser à ces groupies ?

 

Je les remercie, ça fait plaisir de savoir qu'il y a des gens qui aiment mon travail. Ça me fait vraiment plaisir.

 

Tu disputes actuellement ta 5ème saison aux Vernets. On a toujours l’impression que ton contrat est renouvelé au dernier moment, c’est juste ?

 

Non, ce n'est pas juste. J'ai signé mon dernier contrat pour deux ans mais ça n'a jamais vraiment été annoncé, je ne sais pas pourquoi d'ailleurs. Tu n'es pas la première personne à me poser la question, les gens croient que j'ai signé jusqu'en août mais ce n'est pas vrai.

 

Est-ce que d’autres clubs ont cherché à te faire signer depuis que tu es à Genève ?

 

Oui, j'ai eu pas mal de contacts mais jusqu'à maintenant, j'ai toujours eu envie de rester ici. J'ai donc resigné parce que je me sens bien ici, je peux jouer mon jeu. De plus, on a trouvé un bon arrangement avec Chris.

 

Tu fais partie des joueurs les plus discrets pour le grand public. Ça fait partie de ton caractère ?

 

Oui, c'est mon personnage, je suis quelqu'un de discret. Je suis quelqu'un qui, même dans les vestiaires, ne parle pas beaucoup. Si je parle c'est pour quelque chose d'important.

 

Tu es né à Langnau. Honnêtement, à part du hockey, il y a quoi  à faire là-bas quand on est petit ?

 

J'ai grandi là-bas et j'avais mes amis. J'y ai fait mon apprentissage. On a l'impression qu'il n'y a pas grand-chose à faire mais c'est juste que c'est une vie plus tranquille qu'ici à Genève. Mais je vous rassure, il y a quand même des choses qui se passent là-bas.

 

Et quand on est grands ? On boit des bières et on va à l’Ilfis ?

 

Oui mais pas seulement, il y a pas mal de choses qui sont organisées, mais ce n'est pas comme ici dans des lieux fixes. Il y a une organisation qui gère ça et qui organise des fêtes dans différents lieux ou salles. Mais c'est la vie là-bas. C'est très sympa et je te rassure, j'y ai survécu.

 

On imagine que tu as gardé des attaches dans ton club formateur. T’aurais pas l’adresse du responsable des buvettes histoire qu’on lui demande de nous remettre les frites au paprika et les vraies fonduettes ?

 

Malheureusement, je ne le connais pas mais j'aimerais bien le rencontrer aussi.

 

Plus sérieusement, ce sont toujours des matchs particuliers face à Langnau ou c’est devenu des matchs normaux avec le temps ?

 

Oui, ça reste quelque chose de particulier pour moi car il y a toute ma famille et mes amis qui sont là. C'est quand même un endroit qui compte beaucoup pour moi. En fait, c'est excitant pour moi de jouer contre Langnau parce que je veux les battre. Et ça me fait plaisir de les voir de retour en LNA.

 

Comment peut-on expliquer que des villages comme Langnau ou Ambri, aient une équipe en LNA de nos jours, alors que le sport est devenu un business quasiment réservé aux riches ?

 

Je pense que c'est la différence entre les petits et les grands clubs. A Ambri et Langnau, le hockey est le cœur de ces endroits, il n'y a pas grand-chose d'autre à côté. C'est le cœur et le caractère de ces clubs qui font qu'ils sont en LNA.

 

La pression populaire à Langnau est vraiment si forte que ce que l’on dit ?

 

Ça va. A Langnau, si l'équipe joue bien et qu'elle laisse son cœur sur la glace, le public est content mais si il y a  des grands joueurs qui font de la merde et qui ne travaillent pas, la pression va monter mais je pense que c'est partout pareil.

 

Quelles sont les principales différences entre un public comme l’Ilfis et celui des Vernets ?

 

Il n'y a pas une grande différence. J'ai vu pas mal de public mais ces deux publics ont vraiment du cœur. Les gens sont là et il y a de l'ambiance. C'est ce qui me plait aussi beaucoup à Genève. Si tu travailles fort le public est toujours là. Il y a de la vie dans les Vernets et c'est pareil à l'Ilfis.

 

Tu as également joué à Berne. Malgré la rivalité avec Langnau, c’est un rêve pour tout Bernois non ?

 

Non, quand j'étais petit, si quelqu'un m'avait dit qu'un jour je pourrais jouer avec Berne j'aurais dit non. Il y a une grosse rivalité entre les deux clubs. Je suis allé à Berne pour le business, j'avais la possibilité de jouer là-bas et de pouvoir rejouer en LNA. Je me suis dit que c'était quand même une bonne opportunité de jouer dans un grand club. C'était une bonne expérience et un bon tremplin pour revenir en LNA.

 

Qu’est-ce qui fait que ton passage là-bas s’est conclu par la non-reconduction de ton contrat ?

 

Ils ont eu d'autres projets et ils ne voulaient pas me prolonger.

 

En arrivant à Genève, t’imaginais-tu rester aussi longtemps ?

 

Honnêtement, non. C'était ma première expérience en Romandie et c'est vrai que la vie est quand même un peu différente ici. Il y avait la langue aussi. Mais j'avais très envie de venir jouer à Genève parce que je savais que Chris avait un jeu qui pouvait me convenir. Et ça s'est très bien passé.

 

Tu joues depuis presque toujours en 4ème ligne chez nous. C’est un rôle que tu avais déjà plus jeune ou c’est venu avec l’âge ?

 

J'ai toujours joué assez physique. Déjà quand j'étais petit, j'avais un jeu physique. On m'a dit en Piccolo que je devais me calmer mais c'est mon jeu. Ça a toujours été comme ça. A Langnau, quand j'ai commencé avec la première équipe à 17 ans, j'avais aussi ce rôle.

 

Quel plaisir on trouve à jouer ce rôle ?

 

Faire mal à l'adversaire.

 

Si on te dit que la meilleure 4ème ligne de ces dernières années est celle que tu formais avec Petrell et Rivera, tu partages ?

 

C'était une ligne que j'ai adoré et en tant qu'adversaire, je n'aurais pas voulu jouer contre nous. Pour ce rôle, c'était une ligne parfaite mais on était quand même limité techniquement. On était dur mais limité.

 

Cette saison, tu n’as pas encore inscrit de point. C’est quelque chose que tu regardes ou tes priorités sont ailleurs ?

 

J'aimerais bien faire des points mais le plus important pour moi c'est de jouer pour l'équipe et de jouer avec notre système et par rapport à ça, je ne peux pas demander de faire des points. Si ça arrive c'est très bien mais ce n'est pas mon rôle et ce n'est pas ce que je vais chercher à faire. C'est peut être bizarre de dire ça mais c'est mon rôle et c'est ce qui compte pour moi. Je préfère détruire le jeu de l'adversaire que de faire le beau jeu.

 

Comment juges-tu le début de saison du GSHC ?

 

On est bien, on joue bien. Les derniers matches on a dominé mais on n’arrive pas à concrétiser et c'est ça qui me fait chier. On joue bien et c'est ça qui est important. On sait qu'on en est capable  mais il nous manque les buts alors que certains adversaires arrivent, tirent et marquent. Mais on est dedans et la saison est encore longue alors on travaille, on progresse et ça va s'arranger.

 

On a l’impression qu’il ne manque pas grand-chose pour que l’équipe tourne à plein régime, c’est aussi ce que tu ressens ?

 

C'est exactement ce qu'on ressent avec l'équipe.

 

A contrario, on ressent aussi qu’au moindre relâchement, tout peut vite s’effondrer…

 

Oui, avec Genève c'est toujours pareil, s’il y a la base, ça marche mais si on ne joue pas avec la base, c'est très dur.

 

On parle beaucoup du nouveau système de jeu instauré par Chris McSorley cette saison, qu’en penses-tu ? Tu vois une grande différence ?

 

Non, il a changé deux ou trois choses mais le système est le même pour moi. C'est  ma cinquième année ici et Chris a toujours adapté le jeu par rapport au rythme de la LNA mais la base reste toujours la même.

 

Quels sont tes rapports avec Chris McSorley ?

 

On s'entend bien. Il me fait confiance. On sait chacun comment ça se passe avec l'autre. En général, quand il me parle de quelque chose je sais déjà ce qu'il va me dire. Jusqu'à maintenant je ne peux pas me plaindre, tout se passe bien.

 

Hier, nous avons joué en Coupe de Suisse à Bienne. Que penses-tu de cette compétition ?

 

C'est une bonne chose pour la Suisse. Ça permet aussi aux plus petits clubs de jouer contre des grandes équipes. C'est quelque chose de bien mais ce n'est pas encore au top, je pense qu'il y a besoin de quelques années pour que ça devienne vraiment quelque chose de bien.

 

Dans le même registre, apprécies-tu la Champions Hockey League ?

 

J'aime beaucoup cette compétition. Tu as la possibilité de jouer contre des équipes internationales qui ont un bon niveau et tu as déjà de la pression durant la préparation et ça fait du bien parce qu'honnêtement durant la préparation tu as souvent moins de pression, c'est comme ça, c'est humain, tu sais que ça ne compte pas. Mais quand tu joues en CHL tu es tout de suite dans le bain et tu es déjà dans le rythme du championnat et ça me plait beaucoup.

 

On a dit l’année passée que l’équipe avait joué trop de matchs, entre la Spengler, la CHL, le championnat et la Coupe ? Penses-tu que c’est une des raisons qui a causé votre élimination contre Zurich ?

 

Non. Il y avait beaucoup de matches c'est vrai et peut-être qu'il y avait un peu de fatigue et des blessures  mais si on me demande si je veux faire un entrainement ou un match, je vais choisir le match, c'est clair. Je fais du hockey pour ça. Donc peut-être qu'il y avait de la fatigue mais je ne mais pas la cause là-dessus.

 

Que manque-t-il selon toi au GSHC pour décrocher le titre ?

 

Pas grand-chose. Les premiers playoffs que j'ai faits avec Genève étaient les quarts de final contre Berne. J'avais beaucoup d'amis à Berne qui m'ont dit que si on avait réussi à gagner cette série, on aurait été champion. Berne a d'ailleurs gagné le titre cette saison là et ils m'ont dit qu'après nous, c'était "tranquille", la suite n'a pas été aussi difficile que la série contre Genève. Pour moi, il ne manque vraiment pas grand-chose. Il y a quelques petits détails qui manquent encore mais un jour ça va arriver.

 

Cette saison ?

 

Je suis chaud!

 

Quand tu vois tous les jeunes qui partent en Amérique du Nord, qui jouent avec la Nati, t’as l’impression d’avoir raté le coche quand tu étais plus jeune ?

 

Non, maintenant il y a beaucoup plus d’opportunités de jouer en ligue juniors et là ils peuvent être plus facilement vu par les scouts. J'ai eu la possibilité de me montrer en championnat du monde mais pour le reste il n'y avait pas encore grande chances de se montrer en Suisse à ce moment-là. C'est sûr que si j'avais eu une possibilité, j'y serais allé mais c'est comme ça.

 

Tu es un des rares joueurs qui cumule carrière de hockeyeur professionnel ainsi que dirigeant d’entreprise. Comment fais-tu pour gérer les deux activités ?

 

C'est ça la vie pour moi. Quand je suis aux Vernets, j'ai la tête au hockey mais quand je pars de la patinoire, j'ai besoin de penser à autre chose. Si j'ai toujours la tête focalisée sur une seule chose, c'est là que je craque. J'ai besoin qu'il y ait du changement, d'avoir plusieurs choses dans ma vie. C'est aussi bien pour la suite car on ne peut malheureusement pas faire carrière dans le hockey jusqu'à 65 ans. J'avais la possibilité de monter une entreprise avec mon frère et on s'arrange bien entre nous et avec nos employés par rapport à mon emploi du temps.

 

Du coup, ton après-carrière est déjà bien planifiée. Tu y penses déjà à la retraite sportive ?

 

Non, pas vraiment. Après cette saison, j'aurais 32 ans, je sais que je ne vais pas encore jouer 10 ans donc on peut dire que c'est prévu mais ce n'est pas encore pour maintenant, je me sens bien et mon corps va bien.

 

Si tu pouvais distribuer 5 charges violentes mais correctes à des joueurs jouant en Suisse, tu les donnerais à qui ?

 

Ça reste mon secret, vous verrez, il faut me suivre.

 

Qui est le meilleur joueur avec qui tu as joué ?

 

Todd Elik, c'est un mec incroyable. Il était fou mais magnifique. J'ai pu jouer dans la même ligne que lui une fois et c'était vraiment impressionnant.

 

Et le pire ?

 

Sur la glace, il n'y a pas de mauvais joueur mais il y a parfois des gens avec qui ça ne passe pas dans le vestiaire donc je ne peux pas donner un nom.

 

Compose nous la ligne de tes rêves avec des joueurs évoluant en Suisse :

 

C'est une question très intéressante, on a beaucoup de bons joueurs en Suisse. Je ne sais pas quoi répondre.

 

Le vestiaire genevois est régulièrement cité pour l’excellente ambiance qui y règne, tu confirmes que c’est le cas ?

 

Oui, tout à fait.

 

Alors dans ce vestiaire, qui est :

 

Le plus drôle : Celui qui vient de revenir, Simek

Le plus fou : C'était Rivera, maintenant on va dire Picard

Le plus intelligent : Romy

Le plus coincé : Pyatt

Le plus dragueur : Descloux

Le plus chambreur : Simek

Celui qui chante le plus mal : Simek

Celui qui a les pires goûts musicaux : C'était Tamo, c'était n'importe quoi

Et les pires goûts vestimentaires : Personne

 

Un petit mot pour la fin ?

 

Je vais en profiter pour remercier tout le public de Genève. Merci pour tout ce que vous faites à chaque match, vous êtes toujours là donc vraiment, MERCI !