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A Vancouver, Mike Gillis a soufflé le chaud et l’effroi. Qu’en sera-t-il à Genève ?

Le nouvel homme fort des Vernets se targue de son passé en NHL. Mais quel manager général était-il vraiment?

 

Mike Gillis voit vite rouge. Lors de sa prise de pouvoir à Ge/Servette, actée lors d’une conférence de presse assez surréaliste – tous les acteurs faisant comme par enchantement fi de leurs désaccords – le Canadien n’a pas manqué de souligner qu’il avait été injustement traité par les médias en Suisse romande. Vraiment?

 

Il a réclamé des faits, de la franchise. Alors nous sommes allés consulter les nombreux articles de presse qui lui ont été consacrés lorsqu’il était dirigeant. Il convient en toute transparence de constater que l’homme a soufflé le chaud, un peu, mais aussi l’effroi. Au moment de sa nomination en 2008, Mike Gillis était connu et reconnu comme un agent de joueurs brillant mais redoutable. Dans le Vancouver Sun, le spécialiste Iain Macintyre estime à l’époque que le choix de Gillis pour le poste de manager général est «un sacré pari, lui qui n’a jamais vendu ou acquis un joueur, jamais effectué un choix de draft, jamais travaillé au développement d’un club de hockey».

 

Sur la vague du succès

 

Durant les trois premières années de son mandat, Gillis surfe sur la vague d’un certain succès. Lorsqu’ils l’avaient introduit à Genève en juin 2016, Hugh Quennec et son armée de communicants avaient lourdement insisté sur les honneurs qui avaient été rendus à Gillis en NHL. Encore récemment, on ne manquait pas de rappeler l’excellence de son parcours de dirigeant dans la plus grande ligue du monde. Il fut, en 2011, désigné manager de l’année. Il est vrai que, cette année-là, ses Canucks avaient raté d’un rien le titre suprême.

 

Rien en revanche, et c’est bien compréhensible, n’est communiqué sur les trois années ayant suivi cette finale et ayant mené à son éviction en avril 2014. A l’issue d’une rencontre perdue 3-0 contre Anaheim, rendu furieux de la non-qualification de son équipe pour les play-off, le public avait désigné un coupable: Mike Gillis. Ne pouvant rester insensible à cet appel du peuple (audible dans les résumés de match), le propriétaire mettait un terme aux actions de son «general manager».

 

Voici ce que déclarait aux médias le 8 avril 2014, jour de l’annonce, Francesco Aquilini, propriétaire des Canucks: «Au nom de toute ma famille, je veux sincèrement remercier Mike Gillis pour son travail et pour tout ce qu’il a apporté de mieux sur et hors de la glace. Les Canucks ont eu du succès sous la conduite de Mike et nous avons été très proches d’atteindre notre but ultime. Mais je crois aussi que nous avons atteint un point où le club a besoin d’un changement de leadership et une nouvelle voix est nécessaire.»

 

De chassé à chasseur

 

On croirait entendre Mike Gillis à propos de Chris McSorley. De chassé à chasseur, il n’y a qu’un pas. Mais Mike Gillis n’a pas pu faire subir à Chris McSorley le même sort que celui qui lui avait été réservé par la famille Aquilini, propriétaire des Canucks. Pour le coup, la raison (les finances et un contrat béton) et le cœur (l’attachement des Genevois à Chris McSorley) ont eu raison des envies.

 

En NHL, il n’y a pas de place pour les sentiments. Et la puissance financière permet donc de trancher dans le vif. Au moment de son éviction, Mike Gillis était alors au bénéfice d’un contrat de quatre ans à 2 millions de dollars de salaire annuel. Un accord confidentiel a dû être trouvé et Mike Gillis a pu s’en aller proprement, sans créer de remous.

 

Moins de trois ans après avoir mené l’équipe à un match du sacre en Coupe Stanley, Gillis est donc tombé en disgrâce. La Rogers Arena n’a jamais été aussi vide. Pourquoi? Comment?

 

A l’époque, les grands médias de Vancouver et du Canada – le Globe and Mail, le Vancouver Sun, Sportsnet – sont à l’unisson pour dénoncer des choix sportifs catastrophiques. Luke Fox, de Sportsnet, écrivait ceci le 8 avril 2014: «Mis à part le déclin de l’équipe sur la glace, Gillis a été vertement critiqué pour des mauvais choix de draft, une gestion de la crise des gardiens impliquant Roberto Luongo et Cory Schneider. Les deux gardiens ont été échangés, laissant les Canucks avec le duo inexpérimenté Eddie Lack - Jacob Markstrom devant le filet.»

 

Un mérite à relativiser?

 

A l’heure du bilan des années Gillis, reste donc cette fameuse année 2011. Cette finale. Ce 7e match contre Boston. Mais là encore, les meilleurs analystes canadiens qui suivent le hockey estiment que le mérite de Mike Gillis doit être relativisé. Un avis relayé par Eric Duhatchek, chroniqueur au Globe and Mail, dans un article également daté du 8 avril 2014 et intitulé: «Pourquoi Mike Gillis méritait d’être congédié.» «Lors de son premier jour à la tête des Canucks, Gillis a dit clairement qu’il héritait d’un gâchis et que le chemin pour devenir compétitif était long. Sauf que dans ce gâchis, tous les éléments clés qui ont mené les Canucks à une victoire du titre – les frères Sedin, Ryan Kesler, Alex Burrows, Alex Edler, Roberto Luongo et le déjà prometteur gardien Cory Schneider – étaient déjà tous dans l’organisation lorsque Gillis a succédé à Dave Nonis et Brian Burke.»

 

Savoir profiter du travail des autres, le faire fructifier, c’est aussi une qualité. Le nouvel homme fort des Vernets doit donc espérer qu’un tel schéma se reproduise dans son nouvel environnement. Il disait mercredi que le groupe de joueurs sous contrat constitué par Chris McSorley «est exceptionnel».

 

Au nouvel entraîneur d’en tirer profit. Sinon Mike Gillis risque à nouveau de voir rouge.